Abdallah ag Alhousseyni : «Nous avons un répertoire inépuisable»

Abdallah ag Alhousseyni : «Nous avons un répertoire inépuisable»

Entretien avec Abdallah ag Alhousseyni, membre du Groupe Tinariwen

Nous sommes un groupe qui vient du cœur du désert, du nord du Mali et d’une région totalement méconnue au Maroc et c’est grâce à la musique que nous avons pu créer un lien avec le public marocain et les festivaliers. C’est une magie que seule la musique peut apporter.

Le Groupe «Tinariwen» sillonne le monde grâce à sa musique aux sonorités Touareg. Le charisme de ses membres, leur présence sur scène et la rythmique de leurs chansons les érigent en porte-drapeau de cette culture encore méconnue. Au fil du temps, cette formation est devenue une valeur sûre de la «World Music». Le groupe culte originaire du nord du Mali a décroché aux Grammy Awards en 2012 le prix du meilleur album dans la catégorie «Musiques du monde» pour son album Tassili. Au Maroc, Tinariwen se fait de plus en plus connaître grâce aux festivals auxquels il participe : Taragalte, Essaouira et bientôt Timitar. Inspiré de la vie nomade et de l’âme du désert, la musique de Tinariwen est un retour aux sources et un rappel des valeurs universelles qui unissent les peuples.

Le 21 juin dernier, le Groupe a donné un concert inédit à Essaouira pour le plus grand bonheur des amateurs de cette musique. Ce concert a été couronné par une fusion avec Gnaoua. Accompagné de sa guitare et devant un thé sahraoui, Abdallah ag Alhousseyni, chanteur-compositeur et guitariste de Tinariwen, a fait part à ALM des secrets de ce groupe qui n’a pas fini de faire parler de lui.

ALM : Pour ceux qui ne vous connaissent pas encore, que signifie «Tinariwen» ?

Abdallah ag Alhousseyni : Dans la langue «tamasheq», «Tenere» désigne le désert. Le mot «Tinariwen» est son pluriel. Ce mot est répandu dans le nord du Mali, l’extrême sud de l’Algérie, le sud de la Libye et le nord du Niger. C’est précisément dans ces régions que la langue «tamasheq» est pratiquée. Historiquement, le groupe Tinariwen a été fondé en 1983 en Libye. Au départ, il ne comptait que 3 membres.

Sur scène, vous envoûtez le public avec votre musique. Comment arrivez-vous à créer ces sonorités hypnotiques qui sont un mélange entre blues, un peu de rock et le style traditionnel tamasheq ?

On n’utilise pas beaucoup d’instruments de musiques modernes. Cela fait un an seulement qu’un percussionniste amazigh d’Algérie Omar nous a rejoints. Avant on ne se basait que sur les guitares et la basse. Mais à travers nos tournées on s’est rendu compte que le public aime danser sur nos chansons et donc nous avons décidé de créer une rythmique pour faire danser le public qui vient nous voir. Les gens sont séduits par la basse, «derbouka» et le «djembé».

Quel message voulez-vous transmettre à travers votre musique ?

Au moment où «Tinariwen» s’est formé, la musique jouait le rôle d’un média en quelque sorte. Depuis le début des années 80 jusqu’aux années 90, les paroles des chansons remplissaient ce rôle pour le peuple Touareg. Il n’y avait pas à cette époque-là les moyens de communication qui existent actuellement. Sur le contenu, nos chansons abordent des thématiques comme l’éducation, des sujets politiques, les problèmes économiques, ou simplement les problèmes sociaux. Le groupe diffusait par sa musique les soucis de ce peuple qui vit très loin de la ville au cœur du désert et donc la musique a été pendant longtemps le seul moyen de communiquer entre les gens. Vous savez, les gens de ces régions sont des personnes simples, nous n’aimons pas trop nous immiscer dans les questions politiques. Nous apprécions la vie dans le désert et sa simplicité.

Qu’est-ce que vous connaissez de la musique marocaine et de la musique Gnaoua en particulier ?

Pour vous dire la vérité, je n’ai pas beaucoup écouté la musique Gnaoua avant de la découvrir au Festival et de faire une fusion avec ce genre. J’ai constaté que cette musique a beaucoup de potentiel.

Il est possible de faire des fusions avec les Maâlems Gnaoua et créer de nouvelles sonorités. C’est d’ailleurs ce qu’on a fait lors du festival. C’était la première expérience pour notre groupe avec la musique Gnaoua. Vous avez d’ailleurs remarqué en étant sur place comment le public a adhéré à cette fusion. Le public était extraordinaire.

Après cette expérience de fusion avec Gnaoua, envisagez- vous une possible collaboration avec des artistes marocains ?

Pour l’instant pas encore mais c’est envisageable parce que le public marocain nous a montré tous l’amour qu’il porte à notre musique.

L’accueil qui nous a été réservé est exceptionnel. Je n’ai vu ça nulle part en Afrique. A partir du moment où le peuple marocain aime notre musique, nous estimons qu’il sera plus facile pour nous de faire des projets artistiques ici.

Vous avez évoqué lors de la 8ème édition du Forum d’Essaouira des droits de l’Homme votre passé militaire et la situation au Mali. Vous avez dit aussi que la solution militaire est à éviter dans la résolution des conflits et que la culture reste le meilleur moyen pour rapprocher les peuples. Pourriez-vous nous en dire plus ?

Effectivement, je dirais même que ce qui rapproche les peuples actuellement c’est l’économie plus que la culture. Le volet culturel est très souvent faible dans les pays de la région. Les gens qui s’intéressent à la culture sont minoritaires malheureusement. Ce qui est extraordinaire dans la culture c’est qu’elle permet de traverser les frontières et c’est surtout le cas pour la musique. La musique a beaucoup d’influence. Vous avez pu le constater lorsque nous nous sommes produits au Festival d’Essaouira. Nous sommes un groupe qui vient du cœur du désert, du nord du Mali et d’une région totalement méconnue au Maroc et c’est grâce à la musique que nous avons pu créer un lien avec le public marocain et les festivaliers. C’est une magie que seule la musique peut apporter.

Pourriez-vous nous donner une indiscrétion sur le contenu de votre prochain album ?

Nos thèmes sont toujours liés à la vie quotidienne dans notre région. Je vais vous faire une confidence. Nous avons un répertoire inépuisable et beaucoup de nos chansons ne sont pas encore enregistrées. On les garde en mémoire. C’est pour ça qu’à chaque album on essaye d’enregistrer une partie des chansons que nous avions depuis les années 80 et 90.

Combien de chansons de votre répertoire ne sont pas encore enregistrées ?

Je ne saurais pas vous donner le nombre exact parce que chaque membre du groupe dispose d’un certain nombre de chansons.

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