Fatima Zahra Lahlou : «Le nombre de vues crée une injustice pour un grand nombre d’artistes éminents»

Fatima Zahra Lahlou : «Le nombre de vues crée une injustice pour un grand nombre d’artistes éminents»

Entretien avec Fatima Zahra Lahlou, chanteuse marocaine vivant aux USA

C’est l’une des chanteuses que toutes les générations de public doivent connaître. Fatima Zahra Lahlou est une artiste qui continue à marquer la scène par ses choix. Dans cet entretien, elle parle de son nouveau single «Ana Insan» et de l’hommage qu’elle a récemment reçu vendredi à Casablanca.

ALM : Vous êtes l’une des rares artistes qui font judicieusement leurs choix artistiques. Chose dont vous avez fait preuve dans votre nouveau single «Ana Insan». Pourriez-vous nous parler de ce choix?

Fatima Zahra Lahlou : C’est une nouvelle œuvre dont l’auteur est mon cher ami tunisien le défunt Reda El Khouini qui était mon impresario et mon manager. Il était aussi producteur. Je suis passée par une mauvaise période quand j’ai appris son décès. Il connaissait ma valeur artistique. Je lui dois une fière chandelle pour cela. J’ai déjà interprété une de ses belles œuvres «Fine El Ihsass». Après quoi, il m’avait envoyé les paroles d’ «Ana Insan» que j’ai appréciées. Je les ai gardées de côté pendant environ trois ans. J’ai préféré choisir le bon moment pour les interpréter. C’est un single dont les paroles m’ont touché. Pour la composer, j’ai contacté le jeune talentueux Mohamed Chegraoui qui a écrit quelques-unes de mes œuvres. Reda El Khouini en a apprécié les airs. J’aurais aimé qu’il l’écoute.

Pourriez-vous nous parler de la conception du clip d’ «Ana Insan» ?

Nous ne voulions pas donner de caractère politique au single, nous avons plutôt préféré celui humain. Dans le clip, qui est light, je bouge et souris parce que les gens en ont marre du caractère politique. Aussi le message véhiculé par cette œuvre insinue que nous sommes des êtres humains avec les mêmes droits tout comme d’autres. C’est une chanson rythmée qui appelle à la paix et au vivre-ensemble dans la joie tout en acceptant l’Autre quelle que soit sa couleur, sa race ou sa culture. Le single est contre le racisme. D’ailleurs les paroles exaltent la liberté.

Dans votre carrière, vous lancez une œuvre et vous prenez le temps pour en faire une autre. Pourquoi ?

Je vous donne l’exemple de «Taht El yasmina» qui devait sortir en 2016. Des circonstances personnelles ont fait qu’elle soit lancée en fin 2017. C’est tout. Pour rappel, «Taht El yasmina» est l’une des œuvres tunisiennes mémorables dans le patrimoine maghrébin. Elle est à El Hadi El Jouini qui a fait «Lamouni elli gharou minni». Pour ma part, «Taht El yasmina» je l’ai interprétée à ma manière en conservant l’origine tout en la réarrangeant autrement.

Comment préserver sa renommée en pleine vague de jeunes artistes ?

D’abord, je dis bravo aux jeunes. Pour ma part, je suis cool. J’ai toujours le même esprit et sens d’humour. J’essaie de ne pas me limiter à un style. A un moment, on allait me classer dans la chanson engagée, ce qui n’est pas le cas. Je suis libre. Aussi je me mets à l’écoute des nouveautés bien que j’aie des réserves sur certaines paroles. D’autant plus que j’accompagne l’air de mon temps tout en gardant un équilibre.

Que pensez-vous de l’appellation «chanson de jeunesse» ?

Il n’y a pas de jeunesse en chanson. Peut-on parler de chanson de vieux?! (rires). Il est vrai qu’il y a des jeunes qui ont contribué à l’évolution de la chanson. Par contre, nous avons un patrimoine, pourquoi ne pas creuser dedans ?!

Cela vous dit-il que des jeunes interprètent des œuvres de votre propre répertoire ?

Oui. Pourquoi pas ! Je suis tout à fait d’accord que les jeunes interprètent mes propres singles, notamment ceux anciens. Mais je préfère que ce soit avec mes propres conditions. Il faut, quand même que je voie la manière dont ils les interprètent.

Est-ce vraiment le nombre de vues qui fait, selon vous, la renommée d’un artiste ?

Je trouve que c’est une tromperie. Il est inconcevable qu’un single soit mis en ligne et récolte un nombre de vues immense dans l’immédiat. Il est vrai que je me suis vue proposer d’acheter les vues mais je n’ai pas accepté. A un moment, j’avais des réserves par rapport au sponsoring sur les réseaux sociaux. Mais j’ai changé d’avis. Hélas l’art a également pris un caractère commercial. Il n’y a pas de mal à faire un sponsoring d’une vidéo ou une chaîne sur les réseaux sociaux pour qu’un produit artistique gagne en renommée. Le nombre de vues crée une injustice pour un grand nombre d’artistes éminents. En fait les jeunes sont calés par rapport à cela. Pour ma part, je ne suis pas contre les jeunes. J’ai plein d’amis jeunes d’ailleurs. La preuve c’est que je travaille avec eux. Mon compositeur et auteur est un excellent jeune. Mon arrangeur, Karim Slaoui, est également jeune.

Pourriez-vous nous rappeler les œuvres qui ont marqué votre parcours artistique ?

En fait j’ai mon propre répertoire. Je citerais l’une de mes premières chansons «Ahla Tarik» qui était diffusée sur BBC, en Egypte et en Tunisie. Après quoi, «Houna London» (Ici Londres) a parlé de moi. C’est ainsi que Reda El Khouini, qui m’a invitée en Tunisie où j’ai obtenu la légion culturelle, m’a connue bien que j’ai été en contact avec Abdellah Issami mon compositeur. Ces dernières années, j’ai fait «Jani El Ghali», «Fenne Bladi», «Lazem Nsa», une reprise de «Koum Tara» en gharnati et jazz. En fait, j’essaie constamment de changer et d’innover en conservant ma propre touche artistique.

Avant tout cela j’ai fait «Mejnouna bik» entre autres. Après quoi j’ai fait «Taht El yasmina». Par l’occasion j’ai également interprété la chanson andalouse «Ya ghazalan bil hima». Déjà je suis connue à un moment de ma carrière par la chanson engagée. Par exemple, «Nachtak Essalam» a eu le premier prix de l’Unesco. Feu Yasser Arafat m’a réservée une réception grâce à cette chanson. Aussi, j’ai eu beaucoup de prix et d’hommages pour mes chansons dédiées à la terre arabe et l’enfance. Quant aux reprises, j’en ai fait 4 dans ma carrière. Ces œuvres sont tellement merveilleuses, vu leur caractère andalou, c’est pour cela que je les ai reprises. Il s’agit de «Tefla andalousia», «Lamouni elli gharou minni», «Taht El yasmina» et «Koum Tara».

Avez-vous des projets ?

Il y a des idées que je suis en train d’étudier. Déjà «Ana Insan» m’a fatiguée. Aussi, il y a une marginalisation de la part de certains médias. C’est bon que tous les artistes aient les mêmes droits de passage aux médias. Pourtant j’ai des nouveautés et une grande histoire. J’ai même chanté à la maison d’opéra au Caire. Aussi chaque artiste a son propre public. J’ai aussi chanté l’hymne national en 2006. Pour rappel, je viens de créer sur Youtube ma chaîne officielle qui regroupe mes récentes œuvres. Aussi, je viens de recevoir, à l’occasion de la journée de la femme, un hommage à Casablanca par l’association «Tawassol wa ibdaa» que je remercie. C’est un événement qui a regroupé de grands artistes-peintres. J’en suis assez fière.

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