Abdeladim El Hafi: «Nous devons inscrire tous les acquis dans une intensité d’actions»

Abdeladim El Hafi: «Nous devons inscrire tous les acquis dans une intensité d’actions»

Questions à Abdeladim El Hafi, commissaire de la COP22

ALM : Le Maroc accueille pour la deuxième fois la Conférence des parties sur le climat. Dans quelle configuration s’inscrit cette nouvelle COP ?

Abdeladim El Hafi : La configuration de la COP7 et celle de la COP22 sont différentes. La première était sous le sigle du protocole de Kyoto qui avait une autre démarche puisqu’il n’incluait pratiquement que les émissions à effet de serre et ne concernait que les pays développés et encore pas tous. En revanche, l’Accord de Paris s’inscrit dans l’universalité. Il a été ratifié par tous les Etats ayant signé la convention du changement climatique de Rio 1992 . C’est là que réside la grande différence, car l’Accord de Paris englobe à la fois les pays développés, les pays insulaires et les pays moins avancés. Enfin, tout le monde y adhère.

Entre Kyoto et Paris, quels sont les principaux acquis observés dans la lutte contre le changement climatique ?

Je citerais en premier les politiques sectorielles. Le monde a en effet bougé dans diverses orientations, à savoir les énergies renouvelables, le solaire, l’éolien et l’eau. A côtés de ces avancées sectorielles, beaucoup reste à faire. Nous devons inscrire tous les acquis dans une intensité d’actions. Il faut agir maintenant avec des niveaux qui permettent d’inverser les tendances. Il ne faut pas se limiter uniquement aux petits projets. Il faut fluidifier les flux financiers pour mobiliser les fonds verts et projets. Il faut qu’il y ait également cette solidarité entre le Nord et le Sud en termes de transfert de technologie et d’adaptation pour lutter contre les effets suprêmes du changement climatique. Il y a beaucoup d’avancées mais malgré cela nous sommes dans un point d’inflexion historique parce que nous devons d’ici 2018 mettre en œuvre des politiques nationales qui permettent de limiter la température à deux degrés. Les contributions nationales en termes d’émission de gaz à effet de serre et d’adaptation qui ont été fournies aux Nations Unies sont en train d’être mises en application. Je crois que c’est la principale étape qu’il faut franchir maintenant.

Vous inscrivez la COP22 dans l’action mais vous la dédiez également au continent africain. Pourquoi cette orientation vers l’Afrique ?

L’Afrique se situe sur la première ligne parce que si vous réunissez tous les Etats africains ils émettent moins de 4% de gaz à effet de serre dans le monde et par contre ils subissent de plein fouet les effets du changement climatique. L’Afrique est en effet exposée à des défis majeurs tels que la sècheresse, les inondations et l’insécurité alimentaire. Tout ceci fait que l’adaptation en Afrique est un élément majeur. L’entrée vers l’Afrique se fera à travers un certain nombre d’initiatives. Le Maroc jouera un rôle important dans ce sens. Il est d’abord porteur de la grande initiative sur la formation des capacités en matière de changement climatique ainsi que l’initiative sur l’Adaptation de l’Agriculture en Afrique (AAA) et celles dédiées aux oasis. Il y a également toutes les initiatives qui lient la migration écologique aux changements climatiques et qui assureraient en fin de compte la stabilité sociale et spatiale des Etats.

Zone verte : Un espace dédié à la société civile  et à l’innovation

L’Espace société civile et innovation, Implanté à Marrakech dans le cadre de la tenue de la COP22, a été inauguré dimanche, au sein de la zone verte. Il s’agit d’une enceinte d’exposition et d’échange conçue pour encourager le débat et le partage des expériences entre les différents acteurs concernés par la problématique des changements climatiques. Cet espace permet également de réunir la société civile et les acteurs du secteur privé afin de penser aux solutions nécessaires pour faire face aux aléas du climat. Il vise également l’opérationnalisation de l’Accord de Paris. La mise en place de cet espace a été réalisée grâce à un don de 22 millions DH accordé par l’Union européenne au Maroc.

«La COP22 à Marrakech sera cruciale dans l’opérationnalisation des résultats acquis à Paris. Notre mission collective consistera à traduire nos engagements en mesures concrètes», a déclaré Rupert Joy, ambassadeur de l’Union européenne au Maroc, qui félicite en cette occasion le Maroc pour son leadership et son engagement.

Rappelons que l’Union européenne accompagne le Maroc dans l’organisation de la COP22 en mettant à sa disposition un appui de l’ordre de 85 millions DH.

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