Abdellah El Fergui: «Le régime de l’auto-entrepreneur n’a pas abouti»

Abdellah El Fergui: «Le régime de l’auto-entrepreneur n’a pas abouti»

Entretien avec Abdellah El Fergui, président de la Confédération marocaine de TPE-PME

ALM : La Confédération marocaine de TPE-PME attendait la constitution du nouveau gouvernement pour trancher quant à la question des Très petites entreprises (TPE). Où en êtes-vous aujourd’hui ?

Abdellah El Fergui : Pas plus tard qu’avril dernier nous avons soumis une quinzaine de propositions au chef de gouvernement. Nos recommandations ont porté sur divers domaines dont le financement et l’accès au marché public. Ce sont d’ailleurs les mêmes recommandations que nous avons présentées aux membres du PJD et autres partis politiques avant les élections du 7 octobre dernier. On voulait les sensibiliser avant les élections aux problématiques de la TPE et la crise que traverse ce secteur. On nous a promis en ce moment-là de suivre le dossier et le placer au cœur du programme gouvernemental. Une promesse qui n’a pas été tenue. Pour preuve, la loi de Finances 2017 ne comprend aucun amendement sur la TPE et aucun suivi n’a été fait à ce jour. Nous ne cessons de le réclamer: la TPE a besoin d’un plan d’urgence pour survivre.

Les débats sur le sujet de la TPE sont houleux surtout après l’échec de certains programmes. Quelle lecture faites-vous de la conjoncture actuelle?

La situation est très grave. Plusieurs dérives sont à relever et ce sont les petits entrepreneurs qui payent les frais.  Hormis l’incarcération de 800 porteurs de projets bénéficiaires du programme Moukawalati et la poursuite judiciaire de 4.000 autres, les détenteurs de la carte d’auto-entrepreneur souffrent également.

Je citerais le cas d’un jeune auto-entrepreneur qui a été poursuivi à Ouarzazate pour avoir exercé le métier de guide touristique. Bien que la carte d’auto-entrepreneur lui confère le droit d’exercer ce métier, les autorités ne lui reconnaissent pas ce droit pour la simple raison que le statut d’auto-entrepreneur à la base n’est pas reconnu par de nombreuses administrations marocaines. Il faut l’admettre: le régime de l’auto-entrepreneur n’a pas abouti. Le statut est jusqu’à présent virtuel ne donnant aucune visibilité aux bénéficiaires alors que le chef de gouvernement Saad Eddine El Othmani s’est engagé dans son programme gouvernemental à accompagner 100.000 Auto-entrepreneurs et 20.000 TPE.

Quelles sont les autres dérives que vous avez constatées ?

Nous observons la non disponibilité d’informations relatives aux inscrits à ce statut. De même, nous constatons l’implication des banques à ce projet. Les institutions bancaires imposent aujourd’hui aux nouveaux inscrits de créer des comptes bancaires et leur taxent également les frais d’inscription, chose qui est inadmissible.

D’ailleurs, nous nous sommes fermement opposés à cela et ce depuis l’élaboration de ce projet en 2012. Il faut dire que toute l’approche du projet a été changée depuis le deuxième gouvernement Benkiran.

On s’est approprié le projet en mettant à l’écart les partenaires dont la Confédération. Nous étions également contre la vente pyramidale.

Nous avons beau alerter les agents de Maroc PME sur le fait que c’est une arnaque avant qu’ils ne la découvrent par eux-mêmes. Imaginez que ces sociétés octroient les cartes d’auto-entrepreneurs  à leurs membres alors qu’elles ne sont pas autorisées à le faire.

Qu’en est-il de la couverture

sociale des auto-entrepreneurs?

Aucune nouveauté dans ce sens. Par contre les auto-entrepreneurs ayant souscrit à ce régime sont aujourd’hui contactés pour payer les impôts au moment où on accorde l’exonération aux grands projets. Face à cette situation et aux dérives précitées, nombreux sont les auto-entrepreneurs qui demandent aujourd’hui à résilier ce statut. Le contexte est vraiment décourageant. Nous demandons qu’un différé de 3 ans soit octroyé aux auto-entrepreneurs pour encourager les chômeurs à créer leurs entreprises et diminuer le nombre des entreprises informelles.

Peut-on rectifier le tir ?

L’urgence étant de renforcer les actions d’encadrement. Il faut changer cette approche et adopter une nouvelle plus participative, de proximité et par ailleurs créer une instance d’animation qui jouera le rôle d’interlocuteur avec les bénéficiaires au lieu qu’ils restent livrés à leur propre sort et à la virtualité du statut.

A part la poste où s’inscrivent généralement les auto-entrepreneurs aucun contact n’est établi avec les autres administrations marocaines. De même, il faut arrêter de se faire de l’argent sur le dos des auto-entrepreneurs comme c’était le cas pour les jeunes entrepreneurs, Moukawalati, etc. Des caravanes d’auto-entrepreneurs et des sites virtuels sont créés avec l’argent de l’Etat mais sans réelle utilité. Seul le relationnel joue comme toujours!

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