Balisage : Investisseurs

On nous signale sur Marrakech et Agadir de drôles d’investisseurs. Des professionnels qui vous désarment par le discours, vous délestent de vos économies et prennent le premier avion venu. Autrefois, cela se faisait à l’honneur au clair de lune, dans le secret des bois et à la force de la poigne.
Aujourd’hui, c’est en plein jour, dans les halls des grands hôtels mais pas avec des pistolets. De simples schémas suffisent, un argumentaire cohérent renforcé par une signature d’untel ou autre. On aura tout vu : éditeurs de guides se déplaçant avec de grosses signatures de tel ou tel organisme, concepteurs de labels pour les maisons d’hôtes, jusqu’aux décerneurs de trophées et d’étoiles d’or. Sans oublier cette race de consultants en tourisme qui renferme du bon, du moins bon et du pire.
Arrivés dernièrement sur la scène touristique, sans fonds réels mais, apparemment, avec beaucoup d’idées, ces chasseurs de faisans, tout ce qu’il y a de plus réglementaires (puisqu’ils s’arrangent toujours pour être du bon côté de la loi)profitent de la reprise qui se fait jour pour répéter leurs numéros. Un établissement, l’Argana pour ne pas le nommer, a déjà payé au plus fort. Cet hôtel a cru avoir enfin accroché sa bonne étoile quand un de ces nouveaux investisseurs lui a proposé l’hébergement sur Internet, moyennant quelques briques. La bonne affaire !
Puisque c’était nettement moins cher que ce ce qui se pratiquait ailleurs. Hélas, la déconvenue est vite venue ouvrir les yeux aux gérants de l’Argana ! Du jour au lendemain, plus de site, plus d’accès au net. L’Argana est désemparé, coupé de ses clients potentiels. Quant aux investisseurs virtuels, ils se sont volatilisés avec quelques millions de centimes enlevés à l’affection de leurs propriétaires et l’envie d’aller mordre ailleurs.
Mais ce n’est pas scandaleux d’après les commentaires des hôteliers eux-mêmes qui citent plusieurs cas. Des investisseurs sévissent aussi à Marrakech et s’intéressent aux dromadaires et aux chevaux, mais surtout aux banques. Désarmées devant des dossiers solides confectionnés de longue date, impuissantes face à des études de faisabilité bien bétonné, ces respectables institutions baissent souvent la garde.
Les observateurs vigilants de la chose touristique font état de dizaines d’investisseurs plus ou moins flous et dont certains ont des dossiers devant la justice. Face à ces cols blancs, rompus aux jeux des finances, les quelques cas d’investisseurs douteux signalés ici et là dans la Palmeraie et la Médina passeraient pour des enfants de choeur. Toute cette effervescence marque, dit-on, la reprise et accompagne le tourisme. Mais jusqu’où va le seuil de tolérance ?

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