Cadrage : Chiffres et chiffres

Les statistiques officielles sur les flux touristiques en direction du Maroc sont-elles dignes de foi ? Lors de sa réunion du 31 mars 2004 à Beni-Mellal, la Fédération nationale de l’industrie hôtelière (FNIH) a soulevé cette question en affirmant que les chiffres fournis par le ministère de tutelle sont gonflés et «ne concordent pas avec ceux des délégations régionales», notamment pour les deux premiers mois de 2004. Les membres de cette fédération ont marqué leur étonnement sur le comportement du marché allemand qui, disent-ils, connaît un ralentissement de ses flux sur des villes comme Agadir, Casablanca, Marrakech, Tanger et Ouarzazate. Or, les chiffres fournis par le département de Adil Douiri montrent une hausse du nombre de touristes allemands ayant séjourné au Maroc.
De là à assurer que les statistiques officielles sont manipulées et magnifiées, il n’y a qu’un pas que la FNIH n’a pas hésité à franchir, demandant aux services de M. Douiri de faire un effort dans le sens de la transparence. Le ministre istiqlalien aurait-il fourni des chiffres “politiques“ qui tendent à montrer que depuis son arrivée à la tête du département du tourisme le secteur touristique national connaît une réelle embellie ?
En fait, le nombre exact de touristes accueillis chaque année par le Maroc a toujours relevé de l’à-peu-près avec des soupçons très forts de correction des chiffres. Des chiffres qui restent assez maigres par rapport aux potentialités touristiques du pays. Résultat : le Royaume n’a jamais dépassé la barre des 3 millions de visiteurs internationaux (un peu plus de 2 millions) avec une évolution en dents de scie marquée par des périodes de plus de baisse que de hausse. Cette situation de marasme montre la difficulté du Maroc à réaliser un véritable boom touristique qui se traduirait par l’arrivée de touristes en flux tendus sur plusieurs années consécutives.
La véritable bagarre que doivent mener les professionnels et l’administration se situe ailleurs. Plutôt que sur les chiffres qui sont ce qu’ils sont, transparents ou manipulés, ces partenaires seraient mieux inspirés de travailler de concert sur la qualité du produit Maroc.
Celui-ci a vraiment besoin d’être dépoussiéré dans un élan de grande envergure de telle sorte que l’offre soit variée et imaginative. C’est le seul moyen d’agir sur le taux de retour et d’attirer une nouvelle clientèle. Un produit qui ne se renouvelle pas en suivant le rythme de changement imposé par la concurrence est condamné à être dépassé.Une destination abonnée en permanence depuis plus de deux décennies à la stagnation et à la régression renvoie certainement à des dysfonctionnements au niveau de son offre globale qui, quand bien même l’effort de promotion est au rendez-vous et l’entregent des responsables jamais pris en défaut, sera toujours en mal d’arguments de vente.

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