Crise du poulpe : L’INRH sort de son mutisme

L’INRH sort de sa réserve. Depuis le mois de mai 2003 et la suggestion faite au Premier ministre de suspendre l’activité de la pêche, le temps de voir le stock se reconstituer, l’Institut national des recherches halieutiques s’est confiné dans le silence. Aussi, la rencontre restreinte du Directeur général, Abdellatif Berraho, avec la presse, lundi, avait valeur d’événement. C’était surtout l’occasion de présenter une stratégie destinée à «protéger les poulpes contre une exploitation excessive et anarchique». Comment ? Tout simplement selon M. Berraho dont le plan est basé d’abord sur la réduction des efforts de pêche sur tous les segments, l’instauration des unités d’aménagement géographiques et le régime de quota individuel indexé suivant le bateau et la saison. De quoi certainement susciter des réserves de la part des armateurs de pêche hauturière. Comme le rappelle la vice-présidente de l’Association des armateurs de pêche hauturière, Khadija Doukali, la stratégie de l’INRH est «opportune». Mais, «elle ne prend pas en compte l’informel». Et de poursuivre : «L’institut se base sur des chiffres formels pour prendre des décisions. Je suis d’accord sur l’état de dégradation de la ressource. Mais, avant toute chose, il convient d’élaborer un plan de lutte contre la pêche illicite et illégale. Cela réduirait considérablement la pression sur les ressources. Or, il est aisé de voir que la démarche actuelle, qui ne prend pas en compte l’informel, si elle est appliquée, fragiliserait les PME sans être sûre d’atteindre l’objectif de réduire la pression sur les ressources». Dans tous les cas, l’INRH explique sa stratégie par des données scientifiques vérifiées sur le terrain. Le ministère appliquera ces décisions à partir du prochain renouvellement des licences de pêcherie. Pour certains armateurs, l’INRH ne doit émettre qu’un avis consultatif et non intervenir dans la réglementation. En fait, précise une voix autorisée, l’INRH a quatre missions principales: l’évaluation du suivi de l’évolution, la surveillance de la salubrité, le développement de l’aquaculture, la technologie des engins de pêche et la valorisation de la ressource. Aussi, poursuit la même source, le rôle de l’Institut ne se limite pas seulement à la recherche scientifique.
«Nous devons aussi sensibiliser les professionnels». C’est ce qu’a déclaré en outre, M. Berraho qui a expliqué l’état catastrophique de la ressource par la combinaison de plusieurs facteurs, dont le prix élevé des poulpes et une culture classique de pêcherie. D’où cette nécessité d’un « changement de mentalité indispensable pour préserver les ressources halieutiques ».
Dans ses indications, l’INRH fait état d’un déséquilibre entre le potentiel de capture et les capacités de pêche à cause d’une augmentation exponentielle des licences accordées à la pêche artisanale, par ailleurs trop concentrée sur les crustacés et les poulpes. Ce nombre est passé de quelques centaines à 7 400 à la fin 2003 ; Les différentes recherches démontrent une régression des biomasses relatives au stock poulpier, avec un niveau de 60% en 2001, tombé aujourd’hui à un seuil catastrophique. Pour rappel, l’INRH a tiré la première sonnette d’alarme sur l’état des ressources, il y a quinze ans, en octobre 1989. Pour le moment le programme de sensibilisation n’a pas encore délimité ses contours. Une chose est sûre, amener les armateurs à reconvertir la flotte chalutière côtière en flotte de haute mer ne se fera pas de simples exhortations. La question de moyens se posent. Qui financera la reconversion ? Question pour le moment en suspens du côté des armateurs qui entendent reprendre la mer d’ici le premier mai prochain. Les discussions en ce sens avec le ministère se poursuivent. En principe, seuls 2 500 bateaux de pêche artisanale (sur 7 400) et 100 bateaux de pêche côtière seront autorisées à pêcher le poulpe. Divergence de taille cependant, les armateurs veulent que la réduction de l’effort de pêche annoncée commence par l’informel. Ce n’est pas encore acquis.

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