Deux millions de personnes vivent du petit commerce

Deux millions de personnes vivent du petit commerce

Il y a l’énoncé et ce à quoi on a renoncé. Contrairement à ce qui a été mentionné dans son ordre du jour, la réunion organisée vendredi par la Fédération des Chambres de commerce de Rabat-Salé sur la petite distribution au cours du mois de Ramadan n’a que moyennement évoqué les attentes du consommateur. Pourtant les choses avaient bien commencé.
Dans son allocution introductive à la réunion que la Fédération organise «comme chaque année à la veille du mois de jeûne», le président Omar Derraji s’est dit tout autant préoccupé par les intérêts des petits commerçants que par la santé du consommateur, les prix des produits et les conditions d’hygiène dans lesquelles ils sont proposés. Mais les débats se sont vite recentrés sur les problèmes spécifiques à la profession. Ils sont au nombre de quatre essentiellement : la sécurité, la fiscalité, les campagnes de contrôle de la qualité et des prix des marchandises proposées à la vente et la prolifération de l’informel. Quand les représentants des petits commerçants en parlent, c’est avec exaspération. Considérant qu’il y a actuellement quelques 80.000 petits commerces dans la région, on se fait vite une idée des enjeux, ont-ils affirmé : ce sont 2 millions de personnes qui vivent du petit commerce. Un ensemble de métiers qui n’en peut plus d’être «surfiscalisé», concurrencé à l’asphyxie par les grandes surfaces et les «ferrachas».
De surcroît, un ensemble de métiers qui ne comprend pas pourquoi il est contrôlé plus souvent qu’à son tour et parfois de manière qui porte atteinte à la dignité de ceux qui l’exercent. Un ensemble de métiers qui en a tellement assez d’être «malmené» qu’il lui prend envie de ruer dans les brancards. «Comprenez que ces tracasseries répétitives contraignent chaque année un nombre grandissant de commerçants à se mettre au vert durant le mois de Ramadan ! Il faut éviter que cette pratique ne se généralise». Alors parce que la profession a l’impression d’être cernée de toutes parts, elle tire sur tout ce qui bouge. Aux côtés d’un représentant du forum pour la protection du consommateur visiblement interloqué, un représentant des détaillants de Salé est parti en guerre contre la suppression de la Caisse de compensation. «Que ceux qui pensent que le petit commerçant s’y retrouve à vendre une bonbonne de gaz butane à 42 dirhams s’y essayent eux-mêmes. Nous nous engageons à ne pas être livrés si les centres emplisseurs ne parviennent pas à obtenir les ajustements qu’ils ont demandés». Car, qu’on se le dise, les détaillants ne récoltent que quelques centimes sur la bonbonne, sur le paquet de sucre, le litre d’huile de table et la plupart des autres produits de grande consommation qu’ils soient «compensés» ou non. La cause ? la règlementation des prix. Tarabiscotée, elle serait également obsolète. Il y a la classe A, dont les prix sont fixés par le chef de gouvernement, la classe B dont les marges sont fixées par le gouverneur et la C, qui elle est un réel foutoir. Alors les regrattiers ne comprennent pas : comment parler de concurrence quand l’essentiel est tiré au cordeau? Mais comme ils sont habiles argumentateurs, ils ratissent du côté du consommateur. L’approvisionnement sera assuré. Ou même : après tout s’ils mettent tant de véhémence à défendre leur métier, c’est parce qu’en définitive il s’agit de la santé du consommateur. C’en est presque une question de santé publique. «Le fromage et les autres produits alimentaires vendus à la sauvette sont souvent périmés car provenant de rebuts introduits en contrebande, les produits frais sont stockés dans des conditions désastreuses… et les autorités restent sourdes à nos appels». Alors pour se faire entendre, la Fédération engage ses affiliés à prendre conscience de leur force. «Les Chambres professionnelles sont constitutionnalisées et leur pouvoir est important pour peu qu’on en ait conscience». Pour ce faire, il ne suffit pas d’une assemblée à la veille du Ramadan, il faut institutionnaliser le dialogue, ont dit les intervenants. Peut-être bien que le petit commerce est en train de changer de rayon.

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