Eco-label : Un critère de consommation

ALM : Les instruments et les structures pour développer le management environnemental existent au Maroc. Mais le nombre des entreprises certifiées ISO 14001 n’évolue pas. Pourquoi ?
Asmae Tazi : Il y a deux raisons à cela. La première en est la nature même du marché marocain qui reste peu exigeant en la matière. Ceci alors que sous d’autres cieux, des normes telles que l’ISO 14001 sont perçues par les consommateurs comme un véritable référentiel et un moyen qu’utilisent les entreprises pour imposer leur image de marque et leur notoriété. Le deuxième facteur est lié au manque de conviction des entreprises marocaines quant à l’utilité de la mise en place d’un tel procédé. La culture et la sensibilité nécessaires à l’adhésion aux concepts environnementaux font défaut.
Les entreprises marocaines sont donc réticentes vis-à-vis de l’intégration des normes environnementales dans leur mode de fonctionnement ?
Les entreprises sont de plus en plus disposées à tenir compte de la donne environnementale et, pour plusieurs raisons. A commencer par la rareté des ressources naturelles au Maroc qui implique une réflexion sur des mode de production à coûts réduits. Le Maroc n’est pas un pays producteur de pétrole et les autres ressources dont il dispose sont périssables. La caisse de compensation est amenée à disparaître. Ce sont là des facteurs qui nécessitent de nouvelles approches et l’approfondissement de la réflexion à même d’améliorer la gestion des ressources et l’optimisation de leur utilisation.
Les efforts de communication restent limités dans le temps et s’adressent plutôt à un public d’initiés. Est-il judicieux d’envisager une nouvelle approche de sensibilisation ?
Le constat est vrai et il s’explique, d’une part, par la technicité des procédés qui fait que la communication sur un tel sujet n’est pas compréhensible par tout le monde. Il n’existe pas de standards dans ce domaine et donc tout acte de communication se fait au cas par cas et vise une cible particulière. Il y a aussi le marché de l’ISO 14001 qui est constitué de consultants commerciaux. Viser une autre catégorie serait inutile. A cela, s’ajoute la gestion, souvent à court terme, qui caractérise les entreprises marocaines. Pour elles, tant qu’il y a bénéfice, la question de l’environnement n’a pas lieu d’être. Une navigation à vue dans un contexte national et international qui risque d’être préjudiciable à la viabilité de ces structures.
Qu’en est-il des frontières non-tarifaires qui commencent déjà à s’ériger. N’y a-t-il pas risque pour les entreprises marocaines?
L’accord de libre-échange que le Maroc a signé avec l’Union européenne a, certes, aboli les frontières douanières mais il a posé d’autres barrières d’ordre social et environnemental. L’on se rappelle de la réaction des agriculteurs espagnols vis-à-vis de la tomate marocaine. Le prétexte des espagnols était que ce produit ne respectait pas les normes sanitaires en vigueur en Europe. Autre exemple, on assiste actuellement dans le monde à une résistance et une réticence des consommateurs à l’égard des produits dont la fabrication est effectuée par des enfants. Ce sont là des modes et des critères nouveaux de consommation qui sont montés au créneau et qui constituent des facteurs décisifs dans l’acte d’achat. La mise à niveau de l’économie, sa capacité future de séduction et sa compétitivité passent inévitablement par son respect de l’environnement. C’est pour cela qu’il faut agir d’urgence. Ceci dit, la situation est loin d’être alarmante. Il y a moins de dix ans, un pays comme la France était à peu près au même stade d’évolution que nous. La transition qu’effectue le Maroc est dans ce sens « normale ». Mais il faut mettre les bouchées doubles.
L’action du CMPP vise de plus en plus les jeunes. C’était le cas pour la « semaine de l’environnement » que vous avez organisée conjointement avec l’ENCG et la participation active de ses étudiants. Est-ce à dire que vous avez décidé de concentrer votre action sur cette frange de la population ?
Une telle initiative s’inscrit dans une logique de relais entre les opérateurs actuels et les générations futures de cadres et managers qui seront les leviers de la compétitivité à moyen terme du produit fait au Maroc.
Elle émane également de notre conviction que l’ensemble des acteurs politiques, économiques, sociaux, universitaires… sont amenés à s’impliquer pour relever le défi d’une production propre au Maroc, au niveau national. Un développement durable n’est réalisable qu’à travers la participation des acteurs de demain.

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