Embargo sur l’information

Un an après la clôture de l’exercice 2003, aucune publication n’est faite de l’évolution des activités touristiques: c’est finalement la première fois, depuis quarante ans qu’un tel embargo est pratiqué sur des informations économiques aussi ordinaires. Le site de l’ONMT existe cependant. Il est structuré et agréable à visiter mais il ne contient que des indications et des informations d’ordre général sur le Royaume, ses régions et ses villes et un premier agenda des événements et des particularités hôtelières et touristiques.
Par contre, le site de la Direction des statistiques, lui, est constamment inscrit aux abonnés absents. Certes, des statistiques détaillées sur l’année 2004 sont disponibles et même largement distribuées aux médias. Il s’agit de données partielles mises en valeur à travers une comparaison exclusive avec les réalisations de l’année 2003 que les attentats de mai 2003 de l’hôtel Farah/Safir à Casablanca avaient sensiblement compromises.
Les réunions du Comité de suivi prévu par l’Accord cadre et l’Accord d’application du plan 2001/2010 sont quasiment confidentielles et les PV les sanctionnant ne sont pas en tous cas portés à la connaissance du public comme le prévoient les accords signés en 2001 par le gouvernement et la CGEM/tourisme.
En fait, les Marocains – ou au moins tous ceux qui ont pris connaissance des accords passés entre le gouvernement et la CGEM/tourisme en 2001 et qui sont donc informés de la vision 2010 qui a engagé ses signataires à transformer le secteur du tourisme en une véritable locomotive de l’ensemble de l’économie nationale – sont déçus par cette situation. Ils n’acceptent pas l’impasse pratiquée sur l’évolution des activités touristiques par rapport à l’année de référence 2000 qui devait être le point de départ d’une croissance annuelle à deux chiffres de 15% capable de créer un réel espoir d’un véritable décollage de ce secteur et, partant, de toute l’économie nationale.
Indépendamment du fait que de telles pratiques nous ramènent à des périodes révolues, les opérateurs économiques se sentent frustrés de ne pas être informés et navrés de constater leur impuissance. Que faut-il faire ? Protester au risque de jouer les trouble-fêtes, ou se taire avec complaisance ? N’y a-t-il pas «une troisième voie» qui doit être trouvée et explorée par tous ceux que seul doit animer l’intérêt général et qui sont aux commandes administratives et privées ? Nous ne rendons pas compte que le monde est aujourd’hui un village nu, exposé à l’observation de tous ceux qui veulent bien le regarder, le scruter. Qu’avons nous de bien particulier dans ce domaine à cacher ?
Devons-nous continuer à nous chamailler sur la définition du tourisme selon tel ou tel organisme et faire table rase des réalités. Qui, le touriste est celui qui traverse nos frontières pour y passer au moins 24 heures. Mais les Accords de 2001 signés entre le gouvernement et la CGEM stipulent de façon formelle que la définition du touriste pris en compte dans le plan décennal, est le touriste international de séjour désigné par l’abréviation « T.I.S » Pourquoi ? Pour la simple raison que seule le touriste international de séjour qui fréquente nos unités hôtelières effectue des dépenses contrôlées. Les délégations du ministère du Tourisme dans les régions du Royaume ont-elles aussi mis leurs informations statistiques sous embargo. Pourtant, elle concernent exclusivement les taux d’occupation des unités hôtelières. Motif : la loi interdit de communiquer des données chiffrées sur les activités des opérateurs hôteliers. De ce point de vue là obligation légale faite aux sociétés de publier le détail de leurs comptes devient pratiquement sans objet – elle n’est qu’une aberration.
Le devoir d’informer devient ici une obligation essentielle.
Les renseignements relatifs aux activités touristiques ne relèvent et ne peuvent relever en effet d’aucun secret. Bien au contraire, leur diffusion sous toutes les formes possibles renforce la visibilité et participe à l’essor de l’investissement. En tout état de cause, les statistiques annuelles publiées par le ministère du Tourisme sous forme de recueil officiel depuis les années 60 ne peuvent pas disparaître. La Fédération nationale du tourisme et la CGEM se doivent de prendre le relais s’il s’avère que l’embargo instauré sur ces informations est définitif.
La transparence de l’information et la fiabilité des chiffres ne sont pas pénalisantes : bien au contraire, elles sont un atout et un gage de crédibilité.

• Par Abdelhadi Alami

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