Enquête : Le tourisme en quête de clients au mois de Ramadan

Casablanca, 8h. Dans cette matinée brumeuse et peu ensoleillée de ce mois sacré, deux autocars de touristes s’arrêtent à la place des Nations. Les touristes descendent en petits groupes composés de deux à quatre personnes. Ils investissent très vite les lieux pour satisfaire la curiosité de leurs yeux venus de très loin. Ces touristes munis de cameras numériques et d’appareils photos très sophistiqués guettent les moindres détails de l’endroit. L’architecture, les gens, la fontaine déserte et même les pigeons font l’objet de moult contemplations.  L’ambiance ramadanesque et les passants somnambules semblent peu affecter l’humeur de ces touristes qui tombent tous sous le charme des Gherrabas (vendeurs d’eau) faisant les 100 pas près de la fontaine. «Les journées traînent un peu, les gens sont un peu différents, un peu plus fatigués, parfois un peu endormis… Mais les soirées sont magnifiques. C’est très atypique et dépaysant, surtout en ce qui concerne la cuisine… J’aime bien le f’tour marocain», affirme Lionel, touriste français. Mais pas tout le monde est du même avis. Ramadan représente, et de loin, la saison basse du tourisme au Maroc. Les flux touristiques qui choisissent pour destination le Royaume diminuent de presque de moitié durant ce mois sacré. La cause, pour certains, réside dans le fait qu’il y a très peu d’étrangers qui osent aborder un pays musulman durant le Ramadan. La phobie de manger devant quelqu’un qui jeûne affecte beaucoup de personnes. «Est-ce que les choses vont être différentes ?  Est-ce que je vais pouvoir manger ? Je me sentais mal à l’aise à l’idée de manger et de boire devant des musulmans… Ce sont les questions qui me travaillaient avant de venir ici»,  souligne ce touriste.
La carence touristique qui affecte la plupart des villes marocaines ne semble pas concerner Marrakech. Presque tous les hôtels, auberges et villages touristiques de la ville affichent complet. La promotion aérienne, le low-cost (40 à 50 euros pour un aller-retour par avion), ainsi que les grandes promotions que font les hôtels et les villages touristiques durant cette période ont grandement contribué à  pousser les touristes à venir visiter la ville. «En 1997, la ville de Marrakech ne recevait qu’un seul vol par jour. Maintenant, l’aéroport de la ville reçoit jusqu’à 70 vols par jour. C’est le résultat d’une politique basée sur le low-cost et les promotions que nous avons entamées depuis 2001…  Cette politique a maintenant donné ses fruits», indique Abdellatif Abouricha, du conseil régional du tourisme de Marrakech. Mis à part les efforts entrepris par l’Office du tourisme, la ville ocre représente un centre d’attraction très convoité par les touristes grâce à son sa magie intrinsèque et aux infrastructures dont elle est dotée. Ses jardins, ses souks, ses monuments historiques… Et même ses habitants contribuent à faire évoluer les choses. La gentillesse et le sens peu égalé de communication des Marrakchis attirent de plus en plus de touristes.
D’autres facteurs contribuent aussi à rehausser le tourisme durant cette période. «Dans la ville de Marrakech, il existe beaucoup de résidents étrangers (entre 15.000 et 20.000) qui viennent, pour leur plus grande part, passer les week-ends dans la ville. «Internet, aussi, a grandement contribué dans cette renaissance touristique. La réservation des hôtels et des billets d’avion par ce biais a permis de faire des miracles…», explique M. Abouricha. Les restaurants restent ouverts durant toute la journée tout comme les souks et les cafés. Le soir, c’est la magie de la place Jemaâ El Fna qui prend la relève. Même les vendeurs, les charmeurs de serpents et les chauffeurs de taxis participent effectivement dans cette effervescence touristique. «Ils prennent tous leurs f’tours sur place et ne manquent pas de le partager avec les touristes… C’est leur gagne-pain. Que voulez-vous, le cash oblige !» ajoute-t-il.
Côté ville du nord, les choses ne semblent pas beaucoup changer du reste du royaume. La tendance est à la baisse à Tanger. La vie est au ralenti, les restaurants sont fermés, les transports diminuent… «Le cas de la ville de Tanger est très différent des autres villes du Royaume. Le tourisme international ne constitue que 51% de l’ensemble des touristes qu’on reçoit chaque année, les 41% restants sont essentiellement des Marocains. Or, les Marocains ne voyagent pas beaucoup durant le Ramadan », souligne Rachid Ihdeme, délégué du tourisme à la ville de Tanger.
 La ville du détroit a déployé des efforts considérables pour améliorer la situation des flux touristiques au cours de ce mois. Elle opte plutôt pour l’animation nocturne afin d’attirer de nouveaux adeptes. «Tanger préfère investir dans l’animation… Dans ce cadre, la ville a organisé la troisième édition du festival de Tanger sans frontières. C’est une opération d’animation qui a débuté avec le mois de Ramadan et qui durera 40 jours. Ce festival comporte des spectacles, des expositions de peinture, des ateliers d’initiation artistique… Bref tout pour séduire de nouveaux venus», ajoute Rachid Ihdeme.

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