Événement : Cadrage : La vie ou le profit

Avec une dépense moyenne en médicament de 209 dirhams par habitant et par an, le Maroc se situe loin des normes-standard en termes d’accès au médicament. Malgré l’étroitesse du marché, le Maroc a su développer une industrie nationale qui lui permet d’assurer la couverture de ses besoins en médicaments et d’offrir un éventail de produits à des prix accessibles à –presque – toutes les bourses. C’est que la production des génériques a permis aux Marocains de se procurer des médicaments au moins 30% moins chers que les produits de marque. Et, à un autre niveau, l’effet des génériques s’est particulièrement fait ressentir au niveau du ministère de la Santé Publique, dont le budget, qui n’a pas été augmenté, lui a permis de doubler ses acquisitions en médicaments.
D’où l’incidence directe sur les malades, dont on pourra soigner un plus grand nombre. Car, il s’agit de ne pas oublier que c’est de l’intérêt et de la santé du malade qu’il s’agit. Aujourd’hui, alors que tous les pays et –paradoxe – notamment ceux qui détiennent les licences, s’engagent vers la promotion du générique en tant qu’alternative aux difficultés rencontrées par les systèmes de santé, il est, chez nous, menacé de disparition. En marge des négociations de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) sur la propriété intellectuelle, et exploitant l’environnement des négociations de Zone de libre-échange (ZLE) avec les Etats-Unis, les parties qui veulent rentabiliser à outrance leurs investissement voudraient en finir avec le générique en essayant d’introduire des clauses qui rendent sa fabrication quasi-impossible dans les faits (voir article ci-contre). Par ailleurs, il semble que, lors des négociations de Doha, en novembre 2001, le gouvernement marocain ait fait perdre au Maroc l’opportunité de la période de transition accordée aux Pays en voie de développement pour conformer sa législation  aux accords ADPIC (Accords sur les droits de propreté intellectuelle et le commerce). Le Maroc avait jusqu’en 2005 pour se conformer aux dispositions de l’ADPIC, mais pour des raisons encore mystérieuses, il a promulgué une loi sur la propriété intellectuelle.
Il semble que l’actuelle équipe gouvernementale soit plus sensible au dossier. On imagine mal en effet que le système de santé national puisse être pris en otage, surtout dans la perspective de l’établissement de l’Assurance Maladie Obligatoire (AMO). Comme on imagine mal qu’on puisse sacrifier une industrie locale compétitive et de pointe. De même, il paraît inconcevable que l’on puisse se permettre de priver les Marocains de l’accès au médicament au moindre coût. Si d’aventure cela –à Dieu ne plaise – devait arriver, c’est le malade qui aurait à en subir toutes les conséquences. Et elles sont toutes négatives. Entre la vie et le profit, le choix est vite fait.

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