Événement : Un siège, trois candidats

Prévue ce vendredi 20 juin, l’élection du nouveau patron des patrons semble se dérouler dans un climat où rien n’est encore décidé. L’issue de cette journée paraît encore plus incertaine que jamais. Les revirements de situations sont le maître-mot. L’action bat son plein. Le tout alors qu’il reste plus de temps à perdre, aussi bien pour les candidats que pour toute une économie nationale, prise entre le marteau d’une mise à niveau encore mal assimilée et l’enclume des échéances auxquelles le Maroc doit faire face, à savoir l’accord d’association, auquel l’Union européenne compte accorder davantage d’ampleur. L’un et l’autre éléments sont liés. Ils sont à même de sortir l’économie marocaine d’une léthargie qui n’a que trop duré. Mais ils n’en posent pas moins plus d’une question quant au rôle d’une association censée non seulement représenter le patronat, et donc l’entreprise, mais aussi être une force de proposition neutre, indépendante et forte.  De l’avis de plusieurs opérateurs, c’est loin d’être le cas. Confinée dans un statut de «club», la CGEM regroupe quelque 2000 entreprises. Plusieurs d’entre elles ne payent pas leurs cotisations. Ceci, sachant que l’institution évolue dans un environnement économique national constitué de 60.000 PME/PMI, de 400 grandes entreprises et de 350.000 professions libérales. Que et qui représente donc la CGEM ? La réponse n’est pas si difficile à trouver. Même ceux qui agissent au sein et au nom de la CGEM contestent sa gestion et son fonctionnement. En témoigne la dernière sortie des dirigeants de l’Amith, révoltés contre la validation par une institution qui les représente, d’une augmentation du Smig qui lèse leurs intérêts.
Pour les uns, une élection à la tête de la CGEM serait l’occasion de mieux faire. Tel est le cas du président sortant. Ayant décidé de ne pas se présenter avant que la campagne ne démarre, Hassan Chami s’active. Après une série de tournées organisées dans les principales villes du Royaume  (Marrakech, Agadir, Tanger et Rabat), M. Chami, qui prônait une logique de continuité par rapport aux actions déjà entamées durant son mandat, vient tout récemment de présenter un «nouveau» programme basé sur les insuffisances soulevées par les instances de la Confédération.  
Décidé à défendre son bilan, il ne s’agit pour lui nullement d’une rupture. «Notre programme s’inscrit dans la suite des réformes que nous avons déjà entamées. Nous comptons faire évoluer les structures de la CGEM afin de mieux répondre  aux besoins de l’entreprise. Le tout, dans le cadre de la stratégie 2003-2007». Adnane Debbagh, quant à lui, base ses différentes démarches sur ces mêmes dysfonctionnements. Le vice-président actuel de la CGEM et président, pour un dernier mandat, de la fédération des PME/PMI demeure optimiste quant à l’issue de ces élections. «Nous avons eu un écho favorable de la part de plusieurs entreprises, petites et moyennes comme grandes. Ces dernières sont non seulement pour la modernisation de la CGEM, mais elles veulent en plus prendre part à cette démarche», rassure-t-il. Le résultat est loin d’être connu d’avance, la «guerre» n’en sera que plus acharnée.  L’élément nouveau dans ces élections est signé Mourad Belmaâchi, l’enfant terrible de la CGEM. Ce dernier semble de plus en plus indécis quant à la présentation de sa candidature. «Si j’avais eu les documents que j’avais demandés à temps, j’aurai eu toutes les chances d’avoir mon mot à dire dans ces élections. Maintenant que la campagne est terminée, que la démocratie et la transparence y ont été les grands absents, il est un peu tard… mais j’aurai au moins eu le mérite de secouer la coquetière et aidé à faire booster le cours des événements», souligne-t-il. La participation de M. Belmâachi à ces élections n’est pas acquise. Ce qui pose un nombre considérable de questions. Si la phase finale de cette partie à rebondissements se déroule entre M.M Chami et Debbagh, vers qui vont basculer les voix ? Belmâachi, aurait-il un rôle à jouer, en faveur de l’un ou de l’autre ? Fort de voix qui lui sont déjà acquises, et qui se comptent par centaines, ce dernier doit désormais se contenter d’un statut de joker. A moins qu’il ne s’agisse pour lui d’un retrait définitif, les voix qui lui sont favorables avec.  Dans ce brouhaha total, une vérité semble désormais sûre : au-delà de la personne appelée à devenir le patron des patrons, il y a l’intérêt de l’économie marocaine. Un intérêt que d’autres intérêts, d’ordre individuel, risquent de compromettre. Trancher pour des habitudes déjà bien installées, garantissant un confort certain à une certaine catégorie du patronat marocain reviendrait à maintenir un statu quo fatal au présent et à l’avenir de l’entreprise marocaine. 

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