Fathia Bennis sauvée par le gong

Fayçal Jorio, délégué de l’ONMT en Allemagne, a fait le déplacement à Casablanca. Pour écouter les professionnels. D’aucuns diront, pour justifier son gros budget de 15 millions de dirhams sur ce pays, pourtant une misère comparée aux 14 millions euros que la Turquie consacre à cette destination.
Animé par Fathia Bennis, directeur de l’ONMT, le point, tenu dans l’après-midi du 23 février, au Royal Mansour Méridien, s’est par moment départi de la langue de bois, ce qui est plutôt rare. C’était peut-être salutaire, à quelques encablures de la 38e édition du Salon de l’ITB qui se tient à partir du 12 mars prochain à Berlin. Les faibles résultats glanés sur ce pôle émetteur exigeait une mise au point franche, voire, pour certains, saignante. Car, le marché allemand est en perte de vitesse au Maroc, malgré l’augmentation sans précédent des fonds pour la promotion. «Il y a quelques années, avec un budget en peau de chagrin, nous recevions plus de touristes allemands. Pourquoi, aujourd’hui avec des moyens plus importants, nous n’arrivons pas à en faire autant !» La remarque d’un vétéran, en l’occurrence Ahmed Belkhemis, agent de voyages de son état, n’a pas été du goût de tout le monde.
Pour Mme Bennis, qui ne croit plus à l’objectif d’un millions de touristes allemands en 2010, la chute de ce marché allemand sur le Maroc s’explique d’abord par les changements intervenus ces dernières années dans le monde : «Il y a eu le 11 septembre, les attentats terroristes. Ce n’était pas le cas par le passé où avec du saupoudrage on arrivait à attirer des touristes». Pour une fois, l’aérien, traditionnel bouc émissaire, n’a pas été mis en avant, sans doute du fait de la présence du délégué de la RAM pour l’Allemagne, qui rappelle que la compagnie nationale consacre 6 300 sièges par an entre l’Allemagne et cinq aéroports marocains. En plus d’une moyenne de huit vols charters par semaine. Les causes de l’échec sont donc ailleurs.
Le fait que Neckerman, premier TO au Maroc ait vu tous ses projets bloqués par le foncier et que d’autres opérateurs non moins importants n’ont toujours pas d’établissements hôteliers à eux à Agadir, a distendu les liens. «Ne nous méprenons pas, clame M. Jorio. Les TO allemands pensent d’abord remplir leurs propres hôtels, en Turquie et en Tunisie, là où ils ont en charge le salaire du personnel. Ils y sont partie prenante, ce qui n’est pas le cas au Maroc où leur engagement est limité». Une manière de dire que dans le contexte actuel, on ne peut pas mener une politique touristique sans implication des TO. « Car, ce qui a changé depuis 1990, ce n’est pas tant la recrudescence des actes terroristes que la globalisation», poursuit Belkhemis. Il faut donc tisser des liens avec les TO.
Justement, des pourparlers sont en cours actuellement avec trois opérateurs germaniques, pour les engager, informe l’ONMT, « dans les objectifs de mise en place de lignes aériennes en desserte directe sur Agadir et Marrakech ». Ce ne sera pas facile, murmure un professionnel, rappelant les récentes randonnées, bredouilles selon lui, du ministre du Tourisme au pays de Goethe. En tout cas, quand bien même les TO seraient de retour au Maroc, se posera toujours un problème, selon M. Jorio. Il s’agit du vieillissement du produit d’Agadir. «Les TO allemands sont de plus en plus exigeants. Le groupe TUI se base dans ses choix sur 150 points, allant du contrôle sanitaire, des toilettes, au carrelage de la piscine en passant par la cuisine, le service… ». C’est d’autant plus difficile à respecter que les nouvelles offres se basent sur le principe de «satisfait ou remboursé». Et de poursuivre : «Je veux bien croire les professionnels de cette ville qui parlent d’un taux de retour de 60%. Mais chez les TO engagés sur la destination, ce ratio ne dépasse pas 6%. De plus, à Agadir, les taux de réclamation frôlent les 3%. C’est énorme pour une destination ! ». D’où la nécessité de renouveler le produit. La dernière remarque à l’adresse de la directrice de l’ONMT, celle de Azzedine Skalli, manager de S’Tours, agence de voyages leader en incentives, est venue rappeler à tout le monde à l’urgence du changement des méthodes de promotion: «Pourquoi ce sont toujours les mêmes professionnels qui vont à l’ITB Berlin ? ». Mme Bennis n’aura pas eu longtemps à s’attarder sur cette question. C’était l’heure. Comme qui dirait, sauvée par le gong !

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