Fès rompt avec le « monotourisme »

Il y a un petit air de triomphalisme en ce moment dans la capitale spirituellle du Royaume. Fès bouge. Les vols corsairs atterrissent avec une moyenne de 80% de taux de remplissage. Ceux de la RAM ont vu ce ratio passer de 55 à 70%. De leur côté, les autorités aéroportuaires de la ville des Idrissides, qui ont retrouvé le sourire, parlent d’une augmentation de 52% du nombre de passagers. De nouveaux hôtels comme le Crown Palace (un 5 étoiles) viennent à peine d’ouvrir, imitant en cela une vingtaine de maisons d’hôtes, tous ouverts entre 2003 et 2004.
Cet élargissement des structures d’hébergements est plutôt bien accueilli par les autorités, mais aussi par les hôteliers qui ont enfin enterré la hache de guerre et opté pour le travail. Il y a une année, ces vaillants hôteliers, quand ils ne sont pas occupés à fouiller dans les tarifs du Sheraton et à faire des comparaisons entre le Palais Jamai et le Jnan Palace, exprimaient leurs inquètudes concernant cette nouvelle concurrence des maisons d’hôtes, qui, selon les plus pessimistes, « grignotait leur clientèle». N’étant pas du reste, les propriétaires des restaurants accusaient ces nouveaux venus d’empiéter sur leurs plate-bandes. Pour ne pas arranger les choses, l’ex-wali s’était investi sur une épisodique guerre des enseignes où certains hôtels ont perdu quelques étoiles. Un débat s’était soulevé à propos des circuits dans la Médina, à propos d’une hypothétique copie de Jammaa El Fna, etc.
Bref, l’année dernière, la situation était morose. D’où les polémiques et les querelles byzantines. Cette année, les clignotants sont au vert et du coup, avec le retour de l’embellie, les querelles se sont évanouies. Les taux d’occupation ont augmenté de 18%. De quoi revigorer le Centre régional du tourisme local. Tous les professionnels mobilisés autour du CRT ne jurent désormais plus que par «l’allongement des séjours», plus rentable et autrement plus profitable que la «course aux arrivées».
Depuis le début des années 90, la ville est abonnée à une durée de séjour moyenne de 1,8 jours par touriste. Pour la première fois, ce taux a enfin bougé. Au mois de mars, il était de 2,4, confortant les professionnels qui veulent travailler sur la qualité du produit et surtout la lutte contre les nuisances. Ce terme désigne communément l’harcélement sous toutes ses formes. Durant les périodes de vaches maigres, c’était un cancer pour le produit fassi. Afin d’éradiquer définitivement ce phénomène, des commissions ont été mises en places. Autre point sur lequel les hôteliers comptent investir, la communication. Comme le dit un professionnel, «nous devons rompre avec la vieille conception du tourisme, laquelle consistait à penser qu’il suffit de construire un hôtel pour voir accourir des touristes.» Signe que les temps ont bien changé, plus de 2 000 agents de voyages et professionnels ont été invités à Fès, dans le cadre des éducateurs, pour s’enquérir du produit.
Ces opérations seront prolongées par le Festival des Musiques sacrées dont la dernière édition, celle de 2003, a été quasiment torpillée par les événements du 16 mai. Pour couronner le tout, Fès s’apprête à accueillir à partir du 2 juin, le premier vol de la compagnie espagnole, Globalia. Ce qui marque résolument la rupture avec l’image d’une destination qui ne vivait que par le marché émetteur français. La ville, à 45 minutes de Madrid, rompt désormais avec la monoculture. Ce qui est plutôt de bon augure, vu que l’année 2004 a été déclarée par les autorités, «année de Fès».

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