Festival des arts déficitaires

Bientôt soixante ans que le Festival des arts populaires de Marrakech existe. Créé en 1959 sous l’égide de feu Mohammed V, l’événement s’est transformé au fil des ans en une entreprise déficitaire. L’édition 2005 dérogera-t-elle à la règle? C’est ce que pense Mohamed Knidiri, président du festival depuis 1999, au four et au moulin. «Nos comptes seront équilibrés cette année», lâche celui que l’ex-wali, Mohamed Hassad conseillait il y a une année, de déléguer un peu les pouvoirs pour la bonne organisation de l’événement.
«L’impact du festival est réel, explique-t-il, le week-end dernier, Marrakech était plein. Nous estimons le surplus des visiteurs dans l’ordre de 20% dont 5% des nationaux!». Pourtant, de l’autre côté de la barrière,  chez les hôteliers et les agences de voyages, les sentiments sont mitigés. Au-delà de la date de l’organisation, mal choisie entend-on (la fournaise de juillet coïncide avec la basse saison), les critiques, surtout  l’absence de packages touristiques. Même si M. Knidiri dit travailler de «manière non formalisée» avec Atlas Voyages et Etapes Nouvelles, l’on n’a pas vu de forfaits touristiques commercialisés dans les circuits de distribution au Maroc ou à l’étranger. En l’absence d’un calendrier fixe et d’une commercialisation claire, l’audience ne pouvait atteindre des sommets. Les 1 200 places du Théâtre royal de Marrakech étaient à moitié vides mardi soir pour la soirée de Tagada Ghwaniates). Le prix d’entrée, 20 dirhams, était assez abordable, loin en tout cas des tarifs affichés  à la Ménara.
 la place mythique a attiré entre dimanche, lundi et mardi une moyenne de 200 personnes. Tickets mal étudiés. Ceux vendus entre 150 et 200 dirhams étaient-ils trop cher ? En tout cas, une grande partie des spectateurs s’était rabattue sur les places de 30 dirhams (même si, note l’un d’eux, il fallait une bonne paire de jumelles pour suivre la scène).  Engouement notable aussi pour les places gratuites (Harti). L’espace sera sans doute plein lors de la soirée du 8 juillet au Palais des Congrès avec l’artiste Abdel Chérif.
Côté organisation, rien à dire.  L’on notera quand même un centre de presse (à la Mamounia), complet mais sans téléphone, un  manque d’éclairage pour accéder au site de la Ménara, etc. Sur le plan budgétaire, le Festival des arts populaires est particulièrement bien loti. L’ONMT qui avait lâché l’événement un certain moment, «faute d’intérêt», disait-on, reste toujours le premier bailleur de fonds avec un million de dirhams. Viennent ensuite le ministère de la Culture (300 000 dirhams),  la région de Marrakech (250 000 dirhams), la RAM et le sponsoring privé. Les hôtels ont mis à contribution 70 chambres durant tout le festival.
En tout, le budget du festival atteint 4 millions de dirhams. Le paiement des 450 artistes marocains (156 dirhams TTC par jour) et des artistes étrangers ne posera pas problème à Mohamed Knidiri.
Cet universitaire, ancien ministre de l’Education, recteur de l’Université Cadi Ayyad pendant 25 ans, a pris goût à la culture événémentielle, en entrant  dans l’Association Grand Atlas, en 1985,  en marge du premier Festival international de la musique et de jeunesse. A l’époque, 1000 artistes s’étaient retrouvés dans la ville ocre, dont Alpha Blondy et un certain James Brown, idole de toute une génération. Mais, aujourd’hui, le Festival des arts populaires est bien loin des grandes foules. De plus en plus d’hôteliers pensent que l’impact touristique est encore à chercher. 

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