Infrastructures : Le rapport choc des Finances

Infrastructures : Le rapport choc des Finances

La période 2008-2012 a connu une maîtrise du chômage pour la plupart des régions, à l’exception de l’Oriental (18%). Ici, l’élan économique peine à se concrétiser malgré les lourds investissements en projets structurants.

Dans une étude tout fraîchement publiée par la Direction des études et des prévisions financières (DEPF) au sein du ministère de l’économie et des finances, il ressort clairement que, de la création d’emploi à la santé publique, passant par l’enseignement, le Maroc a du chemin à faire en termes d’infrastructures socio-économiques et services de base. Ceci au moment où la question de l’opérationnalisation de la régionalisation avancée s’impose et remet sur le tapis des interrogations quant à la réduction des inégalités sociales, de genre et surtout spatiales à travers tout le pays. Détails.

Si des régions connaissent une dynamique soutenue, d’autres sont sous-exploitées ou, dans le meilleur des cas, saturées. Si l’on se base sur ce document de près de 40 pages, où la DEPF décortique l’état des lieux des régions, identifie leur potentiel et appelle à créer de nouveaux relais de croissance, la répartition du taux d’emploi par région est très disparate. Ainsi, contrairement aux idées reçues, le taux d’emploi en milieu rural est supérieur à celui en milieu urbain. Fait qui se traduit naturellement par plus de régions à forte population rurale (voir page 5, graphe1).

Parallèlement, dans une région aussi dynamique que celle du Grand Casablanca, le taux de chômage a accusé sa plus forte baisse pour passer de 19 à 11% sur les périodes respectives de 2003-2007 et 2008-2012. Cette dernière période a, en effet, connu une maîtrise du chômage pour la plupart des régions, à l’exception de l’Oriental (18%). Ici, l’élan économique peine à se concrétiser malgré les lourds investissements en projets structurants. A rappeler dans ce sens que le Royaume s’est engagé, depuis une décennie, dans une série de stratégies sectorielles structurantes appelées entre autres à consolider le tissu productif régional et à mieux gérer l’existant.

Ce rapport insiste sur l’importance que revêtent les infrastructures, notamment celles économiques. Celles-ci constituent «un déterminant incontournable de l’attractivité des investissements nationaux et étrangers et ont, par conséquent, une forte influence sur la contribution des régions à la création de richesse et à l’emploi décent», peut-on y lire. Qui dit création de richesse dit de meilleures conditions sociales. Malheureusement, ce n’est pas une donne que l’on peut généraliser à l’ensemble des régions. A l’heure actuelle, des zones demeurent privées de services sociaux de base tels l’enseignement et la santé. Ces droits fondamentaux passent inéluctablement par une «dotation en infrastructures sociales, particulièrement dans les territoires qui souffrent d’un cumul de déficit en la matière (zones de montagne et rurales…)», précise-t-on dans ledit rapport.

Au final, pour accompagner les ambitions du Royaume pour la mise en œuvre d’une régionalisation efficace et créatrice de richesse, il est indéniable qu’il faut se pencher sur des points telles l’amélioration de la gouvernance locale et la prise en compte des besoins spécifiques des territoires en infrastructures.  D’autant plus que d’après la même source, cela «ne pourrait qu’améliorer la pertinence et l’efficacité des investissements consentis ou programmés», réduire les disparités interrégionales et identifier les gaps à rattraper pour un développement régional inclusif et équilibré.

Santé publique: Le Maroc y consacre 6,2% de son PIB

hopital-maroc-sante-maladeEn neuf ans (entre 2001 et 2010) le Royaume a doublé ses dépenses dans le domaine de la santé. Celles-ci ont ainsi grimpé de 18,9 à 47,8 milliards de dirhams. Si l’on compare ces dépenses à celles des pays voisins, les 6,2% que le Maroc consacre de son PIB aux dépenses de la santé peuvent sembler avantageuses. En effet, un pays comme l’Egypte consacre 4,7% de son PIB à ses dépenses, l’Algérie (4,3%) et la Tunisie (5,7%).

Toutefois, il y a lieu de s’interroger sur l’origine de ces dépenses car «la santé au Maroc se finance principalement par les ménages dont la part atteint 62%», indique-t-on dans la même étude avant de préciser que «l’Etat ne contribue qu’à hauteur de 26% dans un pays où 40% de la population n’est actuellement couverte par aucun régime, plus de 50% des emplois sont vulnérables, et près de 10% de la population sont pauvres avec des disparités prononcées entre les différentes régions».

Dynamique économique: Le Grand Casablanca saturé, les régions en profitent

immobilier-btpDans un tableau où les infrastructures et les voyants sociaux sont appelés à être constamment améliorés pour réduire les disparités et instaurer une justice sociale, les avancées du Maroc en termes d’initiatives économiques ne sont pas à écarter. Au-delà du rôle incontestable des stratégies sectorielles lancées cette dernière décennie, des régions connaissent un rayonnement économique, et créent plus de richesses grâce à des investissements destinés à une meilleure intégration régionale. Tel est le cas des régions de Chaouia- Ouardigha et Doukkala-Abda où l’établissement des plates-formes autour des bassins miniers a provoqué une croissance soutenue de leurs valeurs ajoutées industrielles. Ceci au détriment du Grand Casablanca, actuellement en phase de saturation à cause, entre autres, de l’épuisement de sa réserve foncière. Le constat est presque similaire dans des régions côtières où des industries orientées vers l’export ont été développées (Tanger Med et prochainement Kénitra Atlantique). Les services ne sont pas à exclure de la dynamique économique du Maroc. De nombreuses infrastructures dédiées aux activités tertiaires fleurissent (offshoring, stations balnéaires, zones logistiques…).

Les-infrastructures-socio-conomiques-au-service-d'un-d‚veloppement-regional-quitable-et-inclusif

Enseignement : Le Maroc mauvais élève ?
ecole-ruralLe constat est là, et c’est une étude de la Direction des études et des prévisions financières (relevant du ministère de l’économie et des finances) qui le pose. «Une politique économique ne peut être qualifiée de pertinente si elle ne se traduit pas par une amélioration des conditions de vie de la population et une répartition équitable de la richesse». Dans tout pays, les infrastructures sociales de base sont en effet garantes d’une inclusion sociale saine. Serait-ce le cas pour le Maroc ?

D’après cette étude qui s’intéresse à la dynamique socio-économique du Royaume au sillage de la régionalisation, plusieurs handicaps mettent à mal des services vitaux. Pour ne prendre que l’exemple de l’enseignement, le pays connaît une évolution positive en termes de taux de scolarisation mais des disparités persistent et c’est le milieu rural qui en souffre le plus. En atteste le très faible taux de scolarisation au secondaire qui se situe, pour l’année scolaire 2013-2014, à 30,6% en milieu rural (21% pour les filles) contre 87,2% en milieu urbain (avec 83,2% pour les filles).

Bien que l’amélioration des taux de scolarisation soit une très bonne avancée, l’école publique marocaine se retrouve confrontée à un bon nombre de problèmes dont le sureffectif des classes, particulièrement aux niveaux collégial et secondaire avec des moyennes nationales avoisinant les 38 élèves par classe. «Ce phénomène, répandu dans toutes les régions du Royaume avec presque la même acuité, a des effets néfastes sur la qualité de l’enseignement public». Ceci au moment où l’enseignement privé gagne en ampleur et représente en termes d’effectif d’élèves au primaire, 38% dans les régions du Grand Casablanca et 25% à Rabat-Salé-Zemmour-Zaër respectivement 38% et 25% des élèves au primaire.

 

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