L’an I de la vision 2010

L’an I de la vision 2010

Et si on admettait d’un coup que l’année de référence pour mesurer nos efforts collectifs dans la réalisation de la belle vision 2010, qui devait transformer toute l’économie marocaine, induire une croissance du type asiatique dans notre PIB, trouver de l’emploi à nos chômeurs et rendre heureux nos enfants, n’est pas l’année 2000 mais l’année 2003. Ainsi, les résultats exceptionnels de l’exercice 2004, qui vient de se terminer, marqueront d’une pierre blanche l’ouverture de la nouvelle période décennale 2004-2013 avec 18% d’accroissement des nuitées globales et 27% d’augmentation du nombre des visiteurs enregistrés à nos frontières.
Cette seule décision pourrait être de nature à mettre fin aux malentendus actuels.
C’est certain, mais hélas ! Elle ne pourra pas, à mon avis, mettre fin au débat, car se poseront alors des questions plus compliquées. Il faudrait, entre autres, que les co-signataires de l’accord-cadre et du contrat-programme s’engagent de façon sérieuse, cette fois ci, à maintenir les taux élevés de la croissance au moins au niveau des taux prévus et qui sont de l’ordre de 15% l’an. Bien entendu, il faudrait trouver le moyen d’impliquer tous les Marocains dans cette oeuvre grandiose à même de les faire passer du sous- développement à la croissance à deux chiffres, et réaliser ainsi une bonne entente entre les opérateurs et les investisseurs touristiques et tous les décideurs publics et privés.
Bien sûr, il faudrait plus que du charisme pour mobiliser les milliers d’opérateurs de Tanger à Lagouira, les politiques de tous bords, et Dieu sait combien nombreux parmi eux sont inconsistants et peu efficaces ! Il faudrait aussi être démocrate et cela est le plus dur. L’Administration s’est habituée à exercer un pouvoir discrétionnaire sur les Marocains qu’elle a tendance à prendre pour des éternels mineurs et dont le destin est de subir ses humeurs et ses états d’âme.
Moi personnellement, je ne vois aucune objection à ce qu’on oublie le passé et qu’on remette les aiguilles à zéro. Mais alors, il faudrait dire au secrétaire d’Etat au Plan de faire un effort pour augmenter ses prévisions pour le PIB de 2005 dont il fixe l’accroissement à 2,6% seulement et faire en sorte que les investisseurs puissent insérer leur action dans le cadre du scénario élaboré par le président du CFG, le brillant Amyn Alami. On s’en souvient, il s’agit de procéder à la combinaison d’une réduction de 15% des coûts d’investissement, de définir une fiscalité plus incitative, prévoyant par exemple une exonération de 50% pendant les cinq premières années et un abattement de 50% pour les années suivantes, de se rapprocher des taux d’intérêts des pays concurrents et qui sont de l’ordre de 6%.
Dès lors, le taux de rendement interne des entreprises touristiques passerait de 8 à 18% et constituerait un argument de poids pour convaincre les promoteurs surtout étrangers. Pas évident ? Bien sûr, car cela suppose des arbitrages douloureux que peu de responsables envisagent pour l’instant d’opérer. Mais en attendant que les choix et les moyens se précisent de nouveau, restons dans le cadre des accords initiaux que personne, à ce jour, n’a d’ailleurs dénoncé ou rendu caducs et faisons des prières afin qu’en 2005, les responsables publics et privés du secteur se rendent compte que les mots doivent être, cette fois-ci, le début de l’action comme disent les philosophes et que des mesures concrètes soient prises afin de sauver les acquis en matière de nos parts de marchés.
Pourquoi par exemple ne pas renforcer le budget promotionnel de la France qui a montré que les fonds injectés rapportaient gros? La France représente au Maroc plus de la moitié de son tourisme international, avec une progression annuelle importante de 9% depuis l’année 2000. En 2004, la France maîtrise 74% des nuitées à Marrakech et 39% à Agadir par rapport au tourisme récepteur.
Imaginez Coca-Cola geler ou réduire son budget publicitaire dans tous les pays où elle fait de grosses ventes ? De la démence.
La Scandinavie et précisément la Finlande dont le budget a été purement et simplement supprimé pour l’exercice 2005 soulèvent d’autres genres de réflexion. Les clients de ces pays ont toujours constitué un apport significatif pour Agadir, surtout l’hiver. Comment peut-on s’en passer alors qu’on booste la capacité hôtelière ?
Comment ne pas s’interroger s’il y a ou non des pilotes à bord quand on ne les entend jamais évoquer ni le sens du recul des taux d’occupation et du montant de la recette par nuitée ni les moyens nécessaires pour y remédier ?

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