Les coûts de l’énergie

Incertitudes, risques et complexités. Tels sont les mots qui reviennent sur les langues de tous les opérateurs de l’énergie pour résumer la situation actuelle et future de leur secteur. La consommation en énergie dans le monde est alimentée pour 40% par le pétrole. Le charbon et le gaz naturel constituent, pour chacune de ces ressources, 25% de la consommation mondiale.
Quant aux autres énergies (Hydrauliques, nucléaires, renouvelables), elles ne représentent que 10% du total.
Une structure rigide dans son organisation, fragile et qui pose un nombre considérable de contraintes, essentiellement d’ordre environnemental. Un état de fait que la Fédération de l’énergie, affiliée à la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), s’est attelée à analyser. Ceci, en faisant appel, lors d’une conférence tenue récemment, au savoir et à l’expérience d’un invité de marque : Jean-Marie Chevalier, directeur du Centre de géopolitique de l’énergie et des matières premières à l’Université Paris IX Dauphine.
Cet homme, tel que l’a souligné Moulay Abdallah Alaoui, président de la fédération de l’énergie, n’est pas étranger à l’expérience marocaine en la matière. Il s’agit selon lui d’un expert qui a formé de nombreuses générations de décideurs dans divers secteurs de l’économie nationale. M. Alaoui, qui s’est exprimé en ouverture de cette conférence, a également posé un certain nombre de questions, notamment sur la place qu’occupe le Maroc dans les grands desseins stratégiques alors que «toutes les décisions sont prises à Washington ou à Bruxelles». Jean Marie Chevalier s’est quant à lui basé sur discours royal, prononcé lors de la Conférence de Johannesburg, où Sa Majesté Mohammed VI a insisté sur le lien fort établi entre les effets néfastes du changement climatique, le développement durable et la consommation d’énergie.
Il a ensuite expliqué le caractère contradictoire de ce lien. Limiter les émissions à effet de serre et promouvoir le développement économique des pays émergeants implique forcément une forte consommation d’énergie et revient à imposer à ces pays une double contrainte. A cela s’ajoute la concentration des ressources pétrolières dans des régions à fort risque politique. Si le problème de réserves en la matière ne se pose pas, leur concentration dans le Moyen-Orient est un facteur de fragilité. « Depuis les attentats du 11 septembre, et avec les menaces de guerre en Irak, certaines routes pétrolières sont menacées…Dans les scénarios les plus pessimistes, ces routes peuvent être interrompues », remarque M. Chevalier.
L’approvisionnement pétrolier étant vital à l’économie mondiale, trop dépendante de cette source d’énergie, les prix risquent également de flamber. Il faut donc diversifier géographiquement les sources d’approvisionnement. Ressource abondante et mieux répartie que le pétrole, le gaz naturel est la moins polluante des trois grandes énergies fossiles. Mais on accuse cette source énergie de créer des dépendances. On en a pour preuve celle de l’Europe vis-à-vis du gaz russe et algérien. Pour l’expert, il s’agit moins d’une dépendance que d’une interdépendance. «la Russie et l’Algérie ont au moins autant besoin de leurs recettes gazières que nous avons besoin de leur gaz», précise-t-il. Les gazoducs entre le Nord et le Sud sont dans ce sens des liens et des facteurs de paix. Le processus de libéralisation auquel cette industrie est soumise, qui implique l’accès à des facilités de transport dont le coût reste très élevé, renforcera davantage ce lien.
L’électricité connaît également cette vague de libéralisations. L’organisation monopolistique, sinon étatique, et verticale du secteur ayant été remise en cause, la production a été ouverte à la concurrence et la privatisation. Une baisse des coûts des prix s’en est suivie. Une solution que le Maroc a retenue il y a déjà des années. Mais le bilan reste mitigé. Le transport de cette ressource non stockable est toujours monopolistique. La manipulation des prix est également de mise. Le développement de l’énergie nucléaire n’est pas mieux loti. « On doit mobiliser des capitaux énormes pour la construction d’une centrale de très grande taille qui n’entrera en service que sept à huit ans après…on ne sait pas bien ce que le marché sera à cet horizon de temps », s’interroge M. Chevalier. Selon lui, les leçons à tirer sur le plan national se résument à l’accès à tous à l’électricité, diminuer la dépendance de nos économies à l’égard de cette énergie en favorisant la diversification à la fois filière et géographique des sources d’importation, et l’utilisation des taxes et subventions pour agir sur l’offre et la demande. Mais un autre constat s’impose : les énergies fossiles ne couvrent toujours pas les coûts sociaux qu’elles engendrent en termes de pollution et de santé.

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