Lettre du tourisme : Que manque-t-il à Fès ?

Fès, première ville historique et spirituelle du Royaume, ville de la science et du savoir, n’a pratiquement jamais bénéficié de l’argent et de la compétence pratique des Fassis qui se sont empressés, juste après l’indépendance, d’aller animer essentiellement à Casablanca le secteur commercial et industriel. Pendant longtemps, l’ONCF, l’ONMT et la CDG étaient, en effet, les seuls investisseurs importants de la ville. Fès, qui possède la plus belle médina du monde arabe, avait jusqu’à l’année 2000 moins de quatre mille lits, quatre mille fois rien. Avec une telle capacité, elle ne peut nullement prétendre pratiquer du tourisme moderne. Depuis cette date, des investisseurs privés, agissant avec une témérité remarquable, ont réalisé quelques unités de grosses capacités projetant l’offre à près de six mille lits.
Le courage de ces opérateurs doit être signalé et salué car Fès est encore une ville à rentabilité aléatoire. Depuis 2001, le taux d’occupation ne cesse de se dégrader passant successivement de 48 à 40 et à 36% pour se figer à 33% en 2004. Certes, les paramètres de base sont aujourd’hui au vert, enregistrant des taux exceptionnels de croissance, tant au niveau des arrivées du tourisme étranger qu’à celui des nuitées : les arrivées ont presque doublé en 2004 engendrant une augmentation de 25% au niveau des nuitées dans les hôtels classés. Les quatre premiers mois de l’année 2005 confirment l’élan pris : 11% de mieux pour les nuitées avec une progression remarquée du taux d’occupation qui passe à 36%.Il était temps que ce paramètre bouge, car il devenait de plus en plus difficile d’expliquer le faible essor relatif des nuitées et dire comment les arrivées doublaient, alors que les taux d’occupation stagnaient. D’aucuns avancent l’idée, tout à fait probable, des arrivées d’étrangers en transit pour Meknès et Rabat plutôt que pour le séjour dans les unités hôtelières de la ville. A moins que ces touristes privilégient les campings et les hôtels non classés et cela est peu évident. Quoi qu’il en soit, Fès végète, ses progrès récents sont peu significatifs et il va falloir imaginer de solides plans liant la volonté politique à l’audace financière pour la sortir de cette situation. De façon plus pragmatique, que manque-t-il à Fès pour décoller sérieusement ? Cinq choses essentiellement :
• Une capacité additionnelle qui ne peut exister que dans le cadre d’une charte spécifique avec des incitations foncières et financières massives.
• Un plan de transport aérien audacieux de nature à favoriser les vols en provenance et en partance de Fès.
• Un allègement significatif de la masse urbaine et sociale de l’intérieur de la médina pour laisser suffisamment d’espaces à l’essor du tourisme culturel étranger.
• Un budget promotionnel conséquent pour toute une décennie et en tous cas suffisamment élevé pour créer une rupture avec le présent.
• L’augmentation des attraits culturels, à résonance internationale, tel le Festival des musiques sacrées du monde qui participe, avec éclat, à propager le nom de la ville à travers le monde. Quatre manifestations par an ne seront pas de trop.
C’est seulement à ce prix-là qu’on peut permettre au tourisme de sauver Fès, ville peu industrielle et donner plus de chance aux malheureux opérateurs actuels de sauver leur mise.

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