Mohamed El Ouahdoudi : «Le Maroc réalise de grandes prouesses dans l’espace franco-maghrébin»



ALM : Quelle est la particularité de la Convention France-Maghreb ?
Mohamed El Ouahdoudi : Elle en revêt plusieurs. C’est un événement qui a été créé en France il y a dix ans, dans le but de stimuler les relations économiques franco-maghrébines et l’intégration des pays maghrébins entre-eux. Cette constance, durant plus de neuf éditions, confirme son positionnement unique en tant que rendez-vous annuel des entrepreneurs et porteurs de projets. Ma conviction personnelle est toujours basée sur le rôle positif de la France dans la construction du marché maghrébin, et dans l’émergence d’une élite économique issue de l’immigration. C’est ce credo qui rend un événement à part dans le paysage économique.

Quel est le bilan de ces dix ans?
Il y a tous les motifs pour être satisfait de ce parcours à travers le temps et l’espace. Des dizaines de projets ont vu le jour grâce à cet événement, des vocations ont été consolidées et une immense confiance en soi marque tous les participants. Au fil des ans, plus de 20.000 professionnels y ont pris part. Chacune et chacun y ont puisé des contacts, des idées, ou un emploi. La motivation de nombreux Maghrébins et Français est d’obtenir la bonne information, de rencontrer les bonnes personnes et de ne pas perdre trop de temps dans la mise en place du projet. La Convention France-Maghreb répond à ces soucis de manière pragmatique.

Quel est votre plan d’action pour les années à venir ?
Nous allons boucler un cycle de dix ans à Marrakech. Avec nos partenaires français et maghrébins, nous parlerons de l’avenir de la Convention pour lequel il y a déjà de belles pistes pour l’année prochaine, avec un concept original qui sera dévoilé le 30 septembre. Mon principal message concernant les professionnels maghrébins, qu’ils soient entrepreneurs dans la fonction publique ou dans le tissu associatif et surtout à nos jeunes, c’est d’insister sur la responsabilité personnelle dans la conduite des projets. Les années à venir seront à la fois très dures et pleines d’opportunités. Si nous n’allons pas vers les marchés extérieurs, ils viennent à nous et aggravent nos déficits. Après le printemps, c’est l’automne, puis l’hiver; il faut avoir du souffle pour aller de l’avant et construire dans la durée.

Quel est l’impact économique et social de cette convention?
La sensibilisation aux risques de discriminations de part et d’autre car cette rencontre annuelle permet de lutter efficacement contre les clichés et les préjugés. Sur un plan particulier, beaucoup de personnes trouvent des solutions grâce à leur participation à la convention. Je citerai l’exemple du ticket restaurant qui a pu voir le jour au Maroc de manière structurée. Il y a également les innovations maghrébines, qui sont reconnues dans le cadre de la Convention France-Maghreb et qui encouragent à de meilleures pratiques. La convention est une sorte de passerelle pour les projets économiques, en mettant en valeur les véritables réseaux d’affaires dans notre région.

Comment se porte l’économie de l’espace France-Maghreb?
Globalement, la France est bénéficiaire dans ses échanges avec le Maghreb, dans le cadre d’un commerce qui pèse plus de 25 milliards d’euros par an, soit un peu plus que le poids du commerce franco-chinois. Il y a six millions de Maghrébins en France, des dizaines de milliers de Français au Maghreb et notre région est unique dans ses spécificités. La France est la banlieue du Maghreb et vice versa, dans une proximité culturelle et économique qui a pris le pas sur l’état de la colonisation de plus d’un demi-siècle. Chaque année, les relations s’équilibrent et vont vers davantage d’alliances dans la mondialisation. Aujourd’hui, nous sommes heureux d’accueillir une entreprise française qui recherche des compétences maghrébines dans le secteur pétrolier, pour des marchés à l’international.

Les conjonctures économiques et politiques actuelles dans le monde arabe et en Europe ont-elles eu des retombées négatives sur la relation France-Maghreb?
Je dirai oui et non. La crise économique en Europe limite les transferts des immigrés, les dépenses des touristes et les investissements directs mais elle amène aussi des projets industriels et de services vers le Maghreb, où ils sont mieux développés, à moindre coût.

Où se situe le Maroc dans cet échange économique, social et culturel ?
Le Maroc n’a ni pétrole ni gaz mais réalise pourtant de grandes prouesses dans l’espace franco-maghrébin. Le dynamisme de son économie peut être davantage payant avec un marché maghrébin ouvert et une alliance plus poussée avec les industriels français. Par sa position, sa culture et ses atouts, le Maroc est déjà au cœur de l’espace euro-méditerranéen et nous espérons donner un sens nouveau à cet engagement avec cette édition.

Quels sont les débouchés qui permettront de consolider le lien entre les deux pays?
Cette année, nous mettons en valeur le secteur du halal qui a été quasiment ignoré par les stratégies commerciales marocaines. C’est un débouché important pour les produits nationaux, dès lors que la normalisation et la labellisation sont mises au cœur des politiques économiques. Nous espérons arriver à un Label Halal marocain international et mettre l’accent sur la mise à niveau de la production agricole qui est pour le moment restreinte.

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