Pour une application de la doctrine du libre-échange avec les pays tiers

La mise en œuvre d’une zone de libre-échange (ZLE) entre le Maroc et les Etats-Unis a permis de hisser leurs échanges commerciaux à un niveau record, tandis qu’un accord de même nature avec l’UE présente d’importantes opportunités pour les entreprises industrielles marocaines exportatrices. Toutefois, le renforcement de l’intégration économique multilatérale entre les pays du Sud et de l’Est de la Méditerranée et l’UE demeure faible – ce qui représente un manque à gagner pour toutes les parties concernées. Le volume des échanges commerciaux entre le Maroc et les Etats-Unis a atteint 2,3 milliards de dollars l’année dernière, contre 1,4 milliard de dollars enregistrés en 2006, a déclaré le ministre du commerce extérieur, Abdellatif Maâzouz, le 17 juin.  M. Maâzouz a indiqué à la presse nationale que cette hausse était en partie due à une augmentation de 25% des exportations marocaines vers le marché américain, et que les échanges commerciaux étaient facilités et encouragés par la ZLE entre les deux pays. La ZLE est entrée en vigueur le 1er janvier 2006. Le Maroc a signé plusieurs autres accords de libre-échange – notamment avec la Turquie et l’Union européenne – mais l’accord conclu avec les Etats-Unis est perçu comme étant celui qui a la plus grande envergure car il inclut tous les secteurs de l’économie, y compris l’agriculture. Robert Jackson, haut diplomate à l’ambassade des Etats-Unis de Rabat, a loué les retombées positives de la ZLE en termes d’attractivité du Royaume auprès des investisseurs américains, en particulier dans les secteurs automobile, minier, touristique et aéronautique.
Mais le Maroc voit plus loin encore et entend approfondir sa coopération transatlantique. M. Maâzouz a souligné que la mise en œuvre d’une liaison maritime commerciale directe  entre Tanger et  les ports de la côte Est américaine était un cap décisif à franchir pour passer à l’étape supérieure.
Un renforcement des liens avec l’UE est également en cours, bien que la création d’une zone de libre-échange méditerranéenne reste sur la table. La ZLE Maroc-Union européenne, signée en 1996, est entrée en vigueur en 2000 et est mise en œuvre par étapes, à l’issue desquelles sera créée une zone de libre-échange entre l’Union et le Royaume en 2012. L’abolition des tarifs douaniers sur les biens industriels est une aubaine pour les fabricants marocains puisque 75% de leurs exportations sont destinées au bloc. Le secteur automobile en est un excellent exemple : Renault s’est installé au Maroc pour la production de voitures destinées à l’exportation vers l’Europe, entraînant dans son sillage un nombre important de constructeurs de pièces détachées.
L’accord de libre-échange entre le Maroc et l’UE représente une étape importante dans le processus de création d’une zone de libre-échange euroméditerranéenne (UE-ZLEEM), qui devrait en principe être lancée en 2010. Un autre jalon de l’UE-ZLEEM est l’Accord d’Agadir, sur accord de libre-échange entre le Maroc, la Tunisie, l’Egypte et la Jordanie, qui ont tous conclu des accords bilatéraux préférentiels avec l’UE. Néanmoins, vu que les négociations sur une ZLE méditerrannéenne comprennent autant de pays, les pourparlers sont devenus difficiles à conduire. En effet, les discussions qui ont pris place le 2 juillet entre l’UE et les 13 pays concernés, y compris les signataires de l’Accord d’Agadir, ont pour objectif d’améliorer les échanges commerciaux dans la région méditerranéenne. M. Maâzouz, qui était présent au rendez-vous, a déclaré à la presse qu’il espérait obtenir quelques concessions de la part de l’UE concernant les échanges de produits agricoles et la libre circulation de la main-d’œuvre. «Nous voulons un partenariat renforcé… dans lequel les pays européens tiennent compte des préoccupations des pays de la rive sud de la Méditerranée», a t-il dit. Toutefois, le président français Nicolas Sarkozy ne cède pas le moindre pouce de terrain sur la question des subventions européennes agricoles et de l’immigration en Europe. Avec la France à la tête de la présidence de l’UE, les avancées en matière agricole et de migration semblent donc peu probables à court terme.
Par ailleurs, si les pays signataires de l’Accord d’Agadir entretiennent des relations cordiales, ce n’est pas le cas de quelques-uns des 13 pays méditerranéens invités à la conférence, notamment (et légitimement) Israël et la Syrie. Dans ce climat, les perspectives de création d’une zone de libre-échange à partir de 2010 paraissent plutôt ternes. En tout cas, le Maroc peut se targuer d’entretenir des relations privilégiées avec l’UE et en particulier avec la France et l’Espagne. En effet, M. Sarkozy est un fervent défenseur des relations franco-marocaines et a plaidé pour que Rabat obtienne le «statut avancé» avec l’UE – même si les répercussions d’une telle évolution restent à déterminer, et si une concession majeure en acceptant d’éliminer les subventions agricoles ne sera probablement pas incluse. Ceci étant dit, le moment semble propice pour enraciner des relations commerciales avec les pays non européens et non américains. En effet, selon un rapport du FMI rendu public le 30 mai, «La détérioration marquée de l’environnement international en 2008 présente de nouveaux défis…un ralentissement de la croissance mondiale, en particulier de l’Union européenne, pourrait ralentir la croissance des exportations marocaines ». De surcroît, les Etats-Unis prévoient d’ouvrir leurs frontières aux importations de produits textiles chinois en 2010, ce qui mettrait à mal le marché marocain de la confection. Si le Maroc entretient des relations commerciales dynamiques avec les pays avec lesquels il a signé un ZLE, ses relations commerciales restent souvent sous-exploitées avec les pays tiers. Etant donné que les pourparlers UE-ZLEEM sont actuellement dans l’impasse, le Maroc pourrait être amené à développer des relations bilatérales avec les pays du Moyen- Orient et du Maghreb, en plein essor. Les Etats du Golfe ont d’ores et déjà réalisé d’importants investissements dans le Royaume et ont réduit le prix du pétrole importé – des liens économiques qui pourraient aller plus loin en encourageant les exportations marocaines vers les pays membres du Conseil de coopération des Etats arabes du Golfe. Un rapprochement avec l’Algérie, pays voisin riche en hydrocarbures, pourrait aider à raviver des échanges commerciaux actuellement moribonds.
Le Maroc pourrait tirer d’énormes bénéfices d’une application de la doctrine du libre-échange avec les pays tiers, à condition de pouvoir sortir de l’impasse politique.

• Oxford Business Group
(8 juillet  2008)

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