Réforme des finances publiques : Quelle stratégie de pilotage adopter ?

Réforme des finances publiques : Quelle stratégie de pilotage adopter ?

Il ne suffit pas d’engager des réformes, il faut encore en continuer l’effet vertueux par une stratégie de politiques publiques. En faisant de cet appel le pivot central de son allocution d’ouverture du 7ème Colloque international sur les finances publiques – dont les travaux ont eu lieu les vendredi 13 et samedi 14 septembre à Rabat-, le ministre de l’économie et des finances par intérim, Aziz Akhannouch, a résumé les préoccupations de la centaine d’experts du Maroc et de France réunis à l’initiative de la Trésorerie générale du Royaume (TGR), de l’Association pour la Fondation internationale des finances publiques (Fondafip) et de la Revue française des finances publiques (RFFP) pour débattre de la question de savoir : «Quel pilotage des réformes en finances publiques au Maroc et en  France ?».

Sérieuse, grave même, cette affaire de pilotage est néanmoins, par certains côtés, banale. En tout cas, on convient qu’elle est le lot commun de quasiment tous les pays depuis que la crise économique mondiale n’en a épargné aucun. Cependant, cette préoccupation relative à la stratégie est plus présente dans les pays arabes où elle est exacerbée par les nouvelles attentes des citoyens et où sa pertinence et son efficacité sociale exigent une évaluation permanente.

Aziz Akhannouch n’a pas manqué de rappeler cette préoccupation d’évaluation en évoquant la série de réformes engagées par le Maroc afin de se mettre à niveau : le renforcement des droits, l’ouverture économique et la quête d’un développement durable et intégré basé sur la régionalisation avancée. Mais, a dit le ministre, sans pilotage, sans mode d’organisation au niveau managérial et au plan de la mise en œuvre, ces efforts ne payeront qu’imparfaitement.

Essentielles à la conduite des politiques publiques, les stratégies de pilotage, bien que spécifiques aux pays qui les ont forgées, s’enrichissent de leurs échanges réciproques. Aziz Akhannouch a parlé de cette symbiose comme de la nécessité d’aménager des aires d’échange et de débats – à l’exemple du colloque – en vue de confronter les idées et de conforter les démarches. Dans cette optique, il a proposé quelques pistes de réflexion : s’inspirer des normes standard internationales, appréhender le changement en partant de l’idée que les finances publiques en sont le pivot central, se convaincre de l’idée que les efforts ne seront efficaces que s’ils sont agencés dans le cadre d’une stratégie de pilotage, faire avancer les comportements en préalable à la quête de progrès et veiller à la formation des compétences en fonction des besoins de l’économie.

Il a également appelé à faire de l’entreprise la locomotive de la croissance et à intégrer la valeur temporelle –les délais de réalisation- dans la stratégie des politiques publiques dans le but de mieux la mettre au service des citoyens. Le ministre, s’est par ailleurs, prononcé en faveur du volontarisme en faveur de la croissance et a invité expressément à soutenir l’entreprise, foyer de création de richesse, en la faisant bénéficier du plus grand nombre d’actions de Partenariat public-privé (PPP) et en promouvant le développement de la consommation et de l’industrialisation. En somme, a déclaré le ministre en conclusion à son allocution d’ouverture, il importe de travailler à une soutenabilité budgétaire s’inscrivant dans le temps et proche des besoins de la population.

Outre qu’il continue les thèmes débattus par les précédents colloques et, en particulier celui du 6ème intitulé «La transparence des finances publiques : vers un nouveau modèle», le problème  débattu en fin de semaine dernière est commun au Maroc et à la France. Les premiers intervenants ont relevé que les finances des deux pays se sont singulièrement dégradées ces dernières années et les chiffres qui marquent ce recul sont alarmants. En France le déficit du budget représente 6% du PIB et la dette publique 80%.

Au Maroc ce déficit représente 4% du PIB et la dette 60%. Mais ce n’est pas le plus important, estiment les experts. Ce qui importe en le domaine, c’est que dans le cas de la France le déficit est plus structurel que conjoncturel et qu’au Maroc c’est l’inverse. Ils pensent qu’il est plus facile de manager le déficit conjoncturel que le structurel. Hassan Abouyoub, modérateur du 1er panel, l’a indirectement évoqué qui a dit les efforts déployés par le Maroc dans le cadre du Programme d’ajustement structurel (PAS) en 1983.

C’est d’ici, de Rabat, que sont partis les modèles de sauvetage des économies en péril qui  ont servi au Mexique, en Argentine et dans d’autres pays du monde, a-t-il clamé. Contrairement à ce qu’on a pu croire, le PAS a été imaginé, élaboré et mis en pratique par des Marocains, a-t-il déclaré en évoquant avec émotion la mémoire de ceux de ses auteurs «qui nous ont quittés».

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