Reportage : «Nador est un pseudo-pôle économique»

Aujourd’hui Le Maroc : La région de l’Oriental fait figure de laissée pour compte…
Mustapha Mansouri : l’Oriental a eu la malchance d’être situé dans le Maroc inutile. Colonialisme espagnol au nord (Nador, Tanger, Tétouan…) et français à l’est (Oujda, Berkane…). À Nador, rien n’a été fait pendant l’occupation et après l’indépendance.
Dans les années 60 et 70, le phénomène de l’émigration en Europe a vidé Nador et Oujda de ses ressources humaines. Ce qui a aggravé la situation de cette zone où l’État, il faut le dire, n’a pas pris ses responsabilités pour des raisons historiques.
Qu’est-ce que vous entendez par raisons historiques…
Tout le monde sait de quoi il retourne. Ce n’est pas la peine de rentrer dans les détails. Toujours est-il que la marginalisation de cette région est devenue telle que la contrebande s’est institutionnalisée. Pas moins de 15000 personnes rentrent chaque jour à Mélilia pour acheter des produits. Sans parler des mafias bien organisées qui pour s’adonner à leur trafic utilisent la mer et des moyens costauds.
Comment changer un tel état de fait ?
Depuis les années 80, des efforts furent consentis par les pouvoirs publics afin d’intégrer Nador dans l’espace national. La ville s’est vue ainsi doter d’un port, d’un aéroport et de quelques projets industriels comme la Sonasid.
C’est très peu, il est vrai, par rapport aux potentialités de la province : un sous-sol est riche en minerais et une vocation agricole non négligeable. Des atouts à exploiter qui peuvent être des activités de substitution pour la population.
Est-il possible de lutter contre la contrebande et les trafics en tout genre ?
De mauvaises habitudes se sont installées à Nador. Les gens ont une mentalité de spéculateurs. Et puis Mélilia juste à côté leur permet de tout obtenir à des prix défiant toute concurrence. À la limite, ils n’ont pas besoin de travailler. Les locaux, dans cette ambiance de facilité, ne veulent pas par exemple faire des métiers d’électricien ou de maçon qui sont pratiqués par les Marocains du sud : la contrebande leur permet de gagner jusqu’à 200 Dhs par jour alors que le travail manuel rapporte entre 40 et 50 Dhs. Les jeunes de Nador fantasment sur une seule chose : partir à l’étranger. Car ils estiment que la ville, en dehors du marché informel, ne leur offre pas de perspectives d’avenir et d’épanouissement. En effet, Nador ne dispose pas d’équipements socio-culturels : piscine, court de tennis, centre culturel, théâtre. C’est le vide total. Il ne suffit pas d’aller à l’école pour se réaliser.
Pour se divertir, les habitants de Nador se rendent à Mélilia…
Absolument. Savez-vous qu’il n’existe pas d’échange entre Nador et Mélilia sur les plans culturel et sportif alors que les deux centres urbains sont voisins ?
L’attrait principal de Mélilia est qu’elle est une zone défiscalisée où les différentes marchandises se négocient à des prix très intéressants. Pourquoi ne pas créer une zone commerciale franche similaire à Beni Ansar ou carrément à Nador. Au moins, l’argent va rester chez nous au lieu de bénéficier à Mélilia et à l’Espagne.
Nous envisageons de créer une zone industrielle franche de 300 hectares à Beni Ansar. Le projet est ficelé. Reste à trouver les opérateurs économiques qui voudraient bien s’y installer. Une telle réalisation contribuera certainement à changer les mentalités dans le sens de l’effort et du travail. Cela dit, on peut aussi créer non pas une zone commerciale franche mais des hangars au port de Nador. Ce qui permettrait aux habitants de s’approvisionner sur place sans aller à Mélilia.
Globalement, Nador a les atouts de devenir un véritable pôle de développement méditerranéen, pour peu qu’on lui donne les véritables moyens pour le devenir.
Et ce, dans le cadre d’une politique d’orientation et de vision d’avenir. Pour le moment, Nador est un pseudo-centre économique même s’il est la deuxième place financière du Royaume en termes de dépôt.
Ne pensez-vous pas qu’une zone commerciale franche à Nador serait le meilleur moyen de faire partir l’Espagne de Mélilia ?
La politique de baisse des taxes sur certains articles en provenance du préside et d’ailleurs a eu un effet important. Il s’agit notamment de l’électroménager de contrebande qui se vend de moins en moins dans le marché intérieur marocain grâce justement à cette politique.
Par ailleurs, la présence espagnole à Mélilia et à Sebta répond à mon avis à une logique plutôt politique. Les autorités espagnoles croient à mon avis prendre une revanche sur l’histoire en s’obstinant à refuser de nous rétrocéder les deux enclaves ainsi que les îles Canaries.
Il ne faut pas oublier que le Maroc fut présent en Andalousie pendant des siècles. À cela s’ajoute la Guerre du Rif et le traumatisme qu’elle a causé pour les Espagnols. Mais il faut qu’on arrive à apurer ce lourd contentieux politico-historique avec notre voisin. Il y va de l’avenir des relations entre les deux pays.

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