Un escroc sous les verrous

Un escroc sous les verrous

La chambre correctionnelle près le tribunal de première instance de Casablanca. À la salle d’audience, plus de vingt suspects se tiennent au banc des accusés, tous des jeunes hommes ne dépassant pas la trentaine accusés surtout de vol simple, trafic de drogue, coups et blessures à l’arme blanche et escroquerie. Un seul quinquagénaire, poursuivi pour abus de confiance et deux filles de joies accusées de tentative de vol simple, se trouvent parmi eux.
« Abdellah. H… », appelle le président de tribunal sur un ton sévère.
Un jeune homme, élégant, s’est levé du banc des accusés et a avancé vers le box. Il s’agit d’Abdellah, âgé de trente-deux ans, marié, père d’un enfant. Sa femme qui tenait entre ses bras un enfant de deux ans occupait un siège parmi l’assistance. Les larmes aux yeux, elle a salué de la main son mari qui s’est retourné et lui a lancé un sourire. À ce moment, le président de tribunal feuilletait le dossier.
Issu d’une famille indigente de Hay Hassani, à Casablanca, Abdellah a poursuivi ses études jusqu’au bac sans décrocher son diplôme. Il s’est ensuite inscrit au Centre de formation professionnelle. Seulement, il a arrêté au bout de deux mois d’étude.
Depuis, il a commencé à chercher un emploi. Il souhaitait gagner honnêtement sa vie. Après plusieurs mois de recherche, il a été embauché par une société de confection. Malheureusement, il n’y a passé que six mois avant d’être licencié. Un mois après, il trouve en emploi dans une autre société, toujours de confection. Il ne tarda qu’un mois à se faire licencier encore une fois. Il passa ensuite par plusieurs entreprises sans jamais tenir plus de deux mois.
Entre-temps, il a fait la connaissance d’un certain Mohamed. Ce quadragénaire, père de deux enfants, arnaquait des jeunes gens à qui il promettait l’eldorado européen. Contre des sommes allant de vingt à trente mille dirhams, il s’engageait à les conduire à l’autre rive de la Méditerranée. Mohamed a demandé à Abdellah de lui chercher des candidats à l’émigration clandestine.
En contrepartie, il lui a promis une commission de mille dirhams pour chaque candidat. Dès qu’il a commencé à rouler pour Mohamed, l’argent a commencé à couler à flots. Ce qui le pousse d’ailleurs à se marier. Mais il commence aussi à penser à travailler pour son propre compte.
Abdellah abandonne alors son ami pour commencer à promettre aux candidats à l’émigration clandestine ses services pour les faire débarquer sur la côte espagnole sains et saufs contre des sommes allant de dix à trente mille dirhams. Une fois qu’il empochait de l’argent, il s’évaporait dans la nature. Selon l’enquête de la police, il aurait fait plus d’une dizaine de victimes. C’est suite à une plainte déposée par l’une de ses victimes que la police s’est lancée à sa recherche. « Je n’ai arnaqué personne », a-t-il déclaré devant le tribunal en prétendant être un commerçant.
« Ce sont mes clients », a-t-il précisé au tribunal sans préciser la nature de son commerce.
Son avocat a livré au tribunal des reconnaissances de dettes qui font état qu’il a emprunté de chez ses victimes des sommes d’argent. Les victimes ont affirmé avoir signé avec lui des reconnaissances de dettes. « Mais il ne s’agit pas de dettes M. le président, c’est une somme d’argent que je lui ai versée pour m’aider à aller en Espagne», témoigne l’une des victimes devant le tribunal. Un témoignage qui a été confirmé par d’autres victimes ce qui a été suffisant pour que le tribunal juge Abdellah coupable et le condamne à deux ans de prison ferme.

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