Un juge à la retraite accusé du meurtre de sa femme

C’est une première au Canada. Un juge à la retraite est accusé de meurtre prémédité, la plus grave accusation du Code criminel. Maintenant retraité, l’ex-juge de la Cour d’appel du Québec Jacques Delisle est soupçonné d’avoir tué sa femme, âgée de 71 ans, qu’un accident vasculaire cérébral subi plusieurs mois auparavant avait laissée handicapée. Âgé de 75 ans, l’ancien magistrat du plus haut tribunal de la province passera les prochains jours en prison. Arrêté mardi matin à sa résidence du Québec, il a comparu l’après-midi au palais de justice sous les accusations de meurtre prémédité et de possession d’une arme à feu prohibée chargée. Se tenant très droit dans le box des accusés, le juge a utilisé un coupe-vent pour cacher ses menottes. La femme du juge, Marie-Nicole Rainville, est morte le 12 novembre 2009. Les policiers se sont présentés à la résidence du couple en matinée, ce jour-là, après avoir reçu un appel disant qu’une femme venait de s’enlever la vie. Le drame est survenu moins de six mois après que le magistrat eut pris sa retraite. Le couple a deux enfants et trois petits-enfants. Ce dossier pour le moins délicat a fait l’objet d’une mesure exceptionnelle prévue au Code criminel. Une préenquête a ainsi été nécessaire avant que des accusations soient portées. Le juge Hubert Couture, de la Cour du Québec, après avoir entendu des témoins et eu accès à une preuve technique, a conclu qu’il fallait lancer un mandat d’arrêt contre son confrère à la retraite. Très tôt dans l’enquête, des membres de la famille interrogés par la police auraient demandé d’être en présence d’un avocat. Cela aurait mis la puce à l’oreille des enquêteurs, ont dit certains médias mardi soir. Le Conseil canadien de la magistrature a qualifié la nouvelle de malheureuse. «Tout le monde s’attend à ce que les juges observent des normes de conduite très élevées à l’intérieur et à l’extérieur de la salle d’audience», a dit sa porte-parole, Johanna Laporte, en rappelant que les lois s’appliquent à tous, juge ou non. L’accusé est représenté par un criminaliste chevronné, Me Jacques Larochelle. n
L’ex-juge Delisle est retourné en cellule après avoir entendu une ordonnance du juge André Cartier lui interdisant de communiquer avec quatre personnes, dont au moins deux sont des voisins de condo, qui pourraient être appelés à témoigner. Il demeurera derrière les barreaux jusqu’à son retour en cour, lundi prochain, alors que les procureurs de la Couronne, Me Charles Levasseur et Me Lyne Morais, transmettront la preuve à la défense.

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