Melting-pot : L’échec

Avant le 11 septembre, les Américains s’enorgueillissaient de leur modèle multiethnique. Le capitalisme absorbe les différences raciales et culturelles. Tout un chacun peut se faire une place aux USA par la force de son travail et la seule grâce de sa créativité. Les premiers habitants d’Amérique sont des hommes de couleur, ce sont les bons vieux indiens, dont la plupart sont aujourd’hui soit alcooliques, soit rassemblés dans des réserves. L’Amérique appartient à tous : aux Européens, aux Eurasiens, aux Africains, aux Arabes, aux Africains, aux Hispaniques… L’Amérique est le creuset de l’un des métissages les plus réussis de la planète. Le pays est si vaste que tout le monde y trouve une place.
L’histoire montre pourtant que ce modèle est fragile, et que la moindre crise révèle les caractères différentiels de la mosaïque américaine : il y a des pièces indésirables. Les Japonais vivant en Amérique ont éprouvé cela après Pearl Harbor. Ils ont été détenus dans des camps de concentration. Les Arabes l’éprouveront à leur tour après le 11 septembre. Ce ne sont pas seulement les Marocains qui feront l’objet d’insultes et d’exactions de toutes sortes, mais l’Arabe quelle que soit sa partie. En dépit des différences de couleur et de culture, le 11 septembre révèlera que le crime de faciès est plus supportable que l’appartenance à une autre civilisation. Les Noirs des USA seront parmi les plus virulents dans leur révolte contre les Arabes. Une culture se définit comme l’ensemble des modes d’agir et de penser, tous à quelques degrés traditionnels, et propres à un groupe humain plus ou moins étendu. La culture est inséparable de l’histoire. L’histoire des Arabes dans l’inconscient occidental est indissociable de celle des Sarrasins et des Croisés. L’Arabe, c’est l’autre qu’il fallait tantôt repousser, tantôt attaquer. Dans l’inconscient collectif occidental, cela est gravé, cela s’inscrit dans une culture qui ne place pas toutes les civilisations sur le même pied d’égalité, mais considère la culture occidentale comme la seule valable d’entre tous. Le 11 septembre a ravivé tous les phantasmes hostiles à l’Arabe. Lorsque Bush appelle à une croisade contre le terrorisme, il ne fait que sacrifier au préjugé enraciné dans sa culture. La catastrophe est venue de l’autre, la civilisation occidentale conçue déjà comme la plus parfaite s’en trouve confortée dans sa supériorité. L’Arabe redevient l’ennemi à combattre.
Pourtant, avec la destruction des Twin Towers s’effondre l’un des fondements de société américaine. Le melting-pot n’est qu’une illusion. Il existe une culture prédominante en Amérique et les hommes issus d’autres cultures constitueront toujours une cible toute désignée au moindre danger qui menacerait l’un des symboles de cette culture.
La culture n’est pas une chose figée, mais une chose mouvante. Par ce qu’elle comporte de traditionnel, elle se rattache certes au passé, mais elle a aussi son avenir, étant constamment à même de s’augmenter de l’apport de l’autre. Les Marocains connaissent très bien la culture de cet autre, les cinémas ne cessent de la diffuser. Ils partent tous avec l’espoir d’intégrer le rêve américain. Un rêve qui a son revers cinglant.

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