7 ans en enfer

Quand elle en parle ou s’en souvient, un long frisson de dégoût la parcourt, sa gorge se noue, et ses joues s’empourprent de colère… les souvenirs sont tellement vivaces qu’elle croit encore sentir la douleur et la violence des coups que lui donnait son mari, mais la violence physique n’est pas la plus atroce, la torture morale qu’elle a dû subir est encore plus cruelle, et c’était la plus longue de toute sa vie.
«Je souffrais le martyre avec cet homme, je ne pouvais plus vivre avec lui». C’est ainsi qu’elle commence son histoire. Elle l’avait épousé 4 ans plus tôt, c’était le grand amour, du moins durant la première année de leur vie commune, ensuite, tout bascula. Celui qu’elle pensait être l’homme de sa vie se montra finalement sous son vrai jour: c’était un homme violent, irresponsable, d’une jalousie maladive et une absence totale de civisme. Très vite, le mal l’emporta sur le mâle. «Ma vie est devenue un enfer au quotidien, je n’étais pas mariée à un homme, mais à un monstre. Il passait son temps à se saouler sans se soucier de mes besoins, de son foyer et de ses obligations dictées par la chariaâ. Son rôle se limitait à celui de l’animal, mais cela ne l’empêchait pas de me mener la vie dure, il faisait entrave à mon travail, me faisait des scènes de jalousie horribles et le pire, c’est qu’il me battait pour un oui ou pour un non, j’étais obligée de cacher mes bleus sous des lunettes de soleil, parfois, j’avais le visage tellement enflé que je ne pouvais pas exercer mon travail». Au fil des jours, un fossé se creusait de plus en plus entre eux, favorisé par l’incompréhension, l’incompatibilité des moeurs et la discordance intellectuelle : elle, l’avocate, devenait l’objet de défoulement d’un homme nettement moins cultivé et pour qui les mots respect, amour et affection n’avaient aucun sens, un homme qui l’insultait, la maltraitait et la rouait de coups par méchanceté gratuite.
La situation empirait. Un jour, le coup est parti trop vite et le sang a giclé, c’était la goutte qui a fait déborder le vase. La rupture était inévitable : «je voulais me séparer à l’amiable, j’étais même prête à acheter ma liberté à n’importe quel prix. Devant son refus, le recours à la justice et aux tribunaux s’imposait.» C’est ainsi que le long feuilleton du divorce a commencé.
L’affaire a été présentée au juge, le constat des coups et blessures fait au commissariat. Le certificat médical de 30 jours et les photos témoignaient de l’importance du préjudice, cependant, victime d’un faux témoignage, la malheureuse vit son mari condamné à quelques mois de prison avec sursis par le tribunal de première instance. Elle n’avait pas obtenu gain de cause. «Après cela, mon ex-mari a présenté une demande de regain du domicile conjugal. J’ai déposé une demande de divorce. Mais il fallait que je prouve le préjudice par un «lafif» (12 témoins) ou que le jugement correctionnel soit définitif pour que je puisse le faire prévaloir au tribunal du chraâ : ça a duré 3 ans. J’ai joint la copie de la confirmation de l’arrêt de la Cour d’appel à la procédure chraâ et la demande de divorce et j’ai obtenu gain de cause, mais mon ex-mari a interjeté en appel et le juge a prononcé le divorce et décidé qu’il me verserait une pension alimentaire. Ça a encore duré 2 ans. Après 5 ans donc, la Cour d’appel a enfin confirmé le jugement du tribunal de première instance.
Cependant, je n’ai obtenu l’arrêt de la Cour suprême que 2 ans plus tard que je me suis vite empressé d’homologuer par 2 adouls pour avoir un acte de divorce. Au total, ça m’a fait 7 ans d’attente et de désespoir.
Ce qui a été le plus infernal, c’est que, durant ces 7 années, je l’avais toujours à mes trousses, il me harcelait et me persécutait, où que j’aille il était là. Je me croyais devenir folle. Dieu merci, maintenant c’est fini, et je ne l’ai plus revu depuis.» La procédure de divorce au Maroc est un point tellement ingrat vis-à-vis de la femme, alors que pour l’homme, il lui suffit de prononcer la répudiation pour mettre fin à un mariage, que vous soyez consentante ou non. Les associations féminines, de même que nombre de formations démocrates appellent à une réforme du code familial pour remédier à cette situation d’injustice.

• Fatima Zahra Hamil

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