A-t-il honoré son contrat ?

Juger le gouvernement de l’alternance à la lumière seulement d’un bilan quantitatif qui accorde la primauté aux acquis comptabilisés en termes chiffrés, au détriment du style de gouvernance et sans tenir compte du contexte global et de la conjoncture dans laquelle s’inscrit cette expérience, serait une sorte de spéculation théorique injuste.
Lorsque feu Hassan II avait parlé de l’arrêt cardiaque, en faisant allusion aux limites de la gestion qui a prévalu au Maroc depuis plusieurs décennies, il savait pertinemment qu’aucun gouvernement ne saurait disposer d’une baguette magique pour pallier le besoin grandissant en termes de demandes sociales, de mise à niveau économique et de réajustement politique, mais il était convaincu de la nécessité d’un choc psychologique à même de ressusciter les espoirs.
Depuis le premier jour, l’idée d’alternance a pris corps pour répondre à trois exigences majeures : assurer la transition politique dans le cadre d’une paix sociale tant recherchée et convoitée, arrêter l’hémorragie économique et créer les conditions du décollage démocratique, avec tout ce que cela implique en initiatives d’assainissement et de redressement des sphères de gestion de la chose publique. Depuis le premier jour, le gouvernement de l’alternance était perçu comme une promesse qui ouvre la voie au changement plutôt qu’un acte qui se doit de rendre compte, chiffres à l’appui, de toutes ses démarches. Bien entendu, au sein des partis nationaux, particulièrement l’USFP, le terrain n’était pas totalement balisé pour ce genre d’exercices.
Pour bon nombre de militants, les blessures et fractures des années de plomb n’étaient pas encore pansées, le populisme n’était pas totalement enterré dans ce parti qui appartient depuis belle lurette à l’Internationale socialiste, et l’héritage en termes de déficit économique et social était lourd et faisait peur. A cela s’ajoutait la carence démocratique et l’absence d’une culture de gestion étatique chez la quasi totalité des dirigeants de cette formation. Mais, tout ce cumul s’avérait inconsistant devant la volonté du défunt Hassan II et du Premier secrétaire du parti de Mehdi Benbarka.
L’aventure calculée amorcée, pour la première fois dans l’histoire du Maroc, la classe politique toute entière vibra au diapason d’un accouchement politique qui a tardé à venir . L’échec des tentatives de 1994, et de celles qui les ont précédées, était encore vivace, mais rien n’arrêta l’histoire.
Dans les coulisses, la tension battait le plein. Les quarante jours de négociations qui ont précédé l’installation du gouvernement captaient l’opinion publique à son niveau d’attraction le plus haut. Finalement, le bébé est sorti, le 14 mars 1998, en forme d’arc-en-ciel, composé de sept partis politiques, en plus du soutien critique de deux autres formations, le PJD, à vocation islamiste, et l’OADP, qui se proclame toujours de la gauche radicale.
Quatre années après cet événement, les sept formations s’accrochaient encore à l’Exécutif, mais le soutien critique s’est réduit à sa moitié négative, la critique. Entre temps, les attentes démesurées ont été déçues et les reproches n’ont jamais cessé de se manifester, y compris dans les rangs du gouvernement. A maintes reprises, la stratégie du consensus s’est avérée nuisible à la bonne marche de la locomotive du changement et lourde de conséquences sur le plan de la gestion du temps.
Mais, réduire tout le bilan de cette expérience à des reproches et critiques, souvent bien-fondées et répondant aux attentes du peuple marocain, à ces critiques serait méconnaître et les raisons d’être de cette expérience et l’environnement dans lequel elle vit.
On ne réduit jamais un événement à ses critiques ou uniquement à ses zones d’ombre. Ceci étant, il n’en demeure pas moins que le vrai combat ne fait que commencer, en attendant le rendez-vous déterminant et tranchant des prochaines élections.

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