Bonnes feuilles : L’élite politique mise à l’écart dès l’indépendance (10)

Bonnes feuilles : L’élite politique mise à l’écart dès l’indépendance (10)

En lisant les témoignages ou plutôt les romans de Boukhari, il est légitime de poser les questions suivantes : Jusqu’à quel point Boukhari a-t-il fait appel à sa mémoire ? Jusqu’à quel point s’est-il basé sur les informations qu’il prétend avoir lues dans les rapports rédigés, selon lui, par l’Américain "Martin", représentant de la CIA auprès du Cab1 ?
Et à quel point a-t-il exploité les autres rapports laissés par les agents de la police française dans les commissariats ?
Nous, les Marocains, souhaitons un jour pouvoir consulter ces documents pour avoir une idée claire de la période sombre de l’Histoire de l’injustice au Maroc. Une injustice qui a duré quarante ans pendant la colonisation, et quarante ans après l’indépendance.
Ces questions doivent absolument être posées à Boukhari. Surtout que cet agent du Cab1 tente de sortir du monde obscur des commissariats et des centres de détention secrets tels que Dar El Mokri et Derb Moulay Chérif ou autres lieux maudits. En sortant de ce monde, Boukhari présente ses opinions politiques que seuls ceux qui ignorent la réalité du Maroc à l’aube d l’indépendance peuvent accepter.
En revanche, nous, qui avons vécu cette période avec tout ce qu’elle a de glorieux, de titubant et de dramatique, nous avons le droit d’exprimer une grande réserve à l’égard des propos de Boukhari et spécialement ceux qui ont trait au bras de fer qui a opposé, dès le retour du Roi sur son Trône, le parti de l’Istiqlal et le parti de la Choura et de l’istiqlal.
Les Istiqlaliens et les Chouris, toujours en vie, se retrouvent souvent dans des occasions où règnent l’amitié et l’entente. Si seulement ce climat avaient régné entre les membres des deux partis lors de la période du début de l’indépendance.
Si les membres des deux partis avaient su comment dépasser leurs divergences, somme toute secondaires, et affronter le vrai problème, à savoir la construction d’un Etat fort, moderne et démocratique, le Maroc aurait pu réaliser, très tôt, un grand développement et ne sombrerait pas aujourd’hui dans une situation de crise. Toutes les conditions étaient réunies pour que notre pays soit classé dans les premiers rangs des Etats développés, membres de l’ONU.
Dans un discours prononcé à l’occasion de l’ouverture d’une session parlementaire, SM le Roi Mohammed VI a parlé d’un grand projet politique, la loi sur les partis. Il s’agit d’un cadre permettant aux formations politiques de puiser leur légalité de leur légitimité démocratique.
Le Souverain a affirmé que le but de cette loi est le renouvellement et le renforcement du paysage politique et partisan. Le Maroc doit en finir avec cette situation de croissance anarchique du nombre de partis à l’horizon des consultations de 2007. Pour disposer d’une carte politique claire qui permettra au Roi du pays d’accorder la responsabilité gouvernementale sur la base d’une majorité parlementaire homogène. Un cas de figure où la minorité jouera évidemment le rôle de l’opposition.
Cette vision claire de l’avenir de la vie politique, telle qu’elle a été exprimée dans le discours royal, fera en sorte que l’alternance au pouvoir soit une chose normale et automatique où le peuple jouera le rôle de décideur.
Le discours royal a présenté davantage d’explications au sujet de la période à venir: "la démocratie demeurera formelle et fragile, si elle n’est pas soutenue par une mobilisation et une participation populaire" "les ennemis de la démocratie exploitent les marges de liberté pour anéantir la démocratie, et profitent de la misère des démunis et de leur désespoir".
C’est une déclaration très claire qui illustre la volonté d’extirper la vie politique de la situation de détérioration caractérisée par la présence d’environ une trentaine de partis que la télévision tente d’imposer dans le paysage médiatique après l’échec de la plupart d’entre eux d’occuper une place dans la scène nationale.
Très tôt, à l’aube de l’indépendance, nous aurions pu atteindre une situation où la majorité gouverne et où la minorité se charge de l’opposition, si les élections avaient été organisées à temps.
Ce n’est qu’aujourd’hui que nous réalisons que les urnes peuvent soulager la classe politique des épreuves qu’elle a traversées car les élections allaient montrer que les Istiqlaliens jouissaient d’une majorité absolue, et les Chouris étaient qualifiés à jouer le rôle d’opposition démocratique.
Il était tout à fait possible que les Chouris prennent la place des Istiqlaliens dans la gestion de l’Etat, après une période, plus ou moins longue, en exploitant les erreurs des Istiqlaliens et l’incapacité du parti historique de relever les défis de l’ère de l’indépendance. Et c’est ainsi que nous aurions pu atteindre, au bon moment, l’objectif dont a parlé SM Mohammed VI, soit un demi-siècle après le retour triomphant de son grand-père. Cet objectif étant la naissance de pôles politiques qui procurent au Roi une visibilité sur la scène politique, et qui lui permettent de choisir la voie à suivre, en totale symbiose avec la direction qui émane des urnes.
Les conditions étaient effectivement réunies dès l’indépendance, pour mettre en place un régime démocratique, compte-tenu de la présence de deux partis nationalistes qui ont énormément appris de la lutte pour la libération, contre un régime politique colonial au Maroc, mais démocratique en France, un pays caractérisé par le multipartisme qui a facilité la tâche aux nationalistes marocains.

Traduction :
Abdelmohsin El Hassouni

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