Bons baisers de Paris

Bons baisers de Paris

Après avoir assisté, vendredi dernier à Madrid, aux commémorations en hommage aux victimes des attentats terroristes du 11 mars 2004, SM le Roi Mohammed VI s’est rendu le lendemain à Paris dans le cadre d’une visite qualifiée "d’amitié et de travail". A cette occasion, le Souverain a eu un entretien en tête-à-tête, au Palais de l’Elysée, avec le Président français Jacques Chirac. Aucune information officielle n’a filtré de cette rencontre et les deux chefs d’Etat n’ont pas fait de déclaration à la suite de leur réunion qui a duré environ deux heures.
Cependant, le Souverain devrait passer une semaine de vacances, en famille, au château de Betz, près de Crépy-en-Valois (Oise), selon des sources journalistiques qui citent la mairie et la préfecture du département.
Ceci dit, la tournée africaine, qui a conduit SM Mohammed VI dans quatre pays, en l’occurrence le Gabon, le Burkina, le Sénégal et la Mauritanie, a certainement été au menu des discussions entre les deux chefs d’Etat. Et pour cause, l’Hexagone est fortement impliquée dans la crise ivoirienne et ses intérêts dans beaucoup de pays d’Afrique francophone sont depuis quelques années sévèrement menacés.
Par ailleurs, la question du Sahara a certainement été soulevée par les deux chefs d’Etat. Il va sans dire que la France peut jouer un grand rôle dans la recherche d’une solution juste, équitable et surtout définitive à ce problème artificiel. Les pressions que peuvent exercer les autorités françaises sur le régime algérien tardent à venir. La France étant liée par d’excellentes relations à la fois avec le Maroc et avec l’Algérie, pourrait user de son influence pour que l’intransigeance algérienne diminue d’intensité.
L’attitude espagnole est, à ce titre, exemplaire. Le gouvernement de Jose Luis Zapatero a adopté une position, certes totalement neutre et objective, mais aussi clairement respectueuse des réalités historiques. La position de Madrid est aussi attentionnée à l’égard des populations civiles sahraouies séquestrées dans les camps de Tindouf.
Même si la nouvelle politique espagnole, constructive, a provoqué le courroux des Algériens et des polisariens, cela ne l’a pas empêchée de persévérer dans cette voie, dans la transparence diplomatique la plus absolue.
D’un autre côté, Paris a toujours été considérée comme un "allié sans faille du Maroc dans l’affaire du Sahara", ce qu’il lui a valu les pires critiques du polisario, mais pas de l’Algérie.
Toutefois, la France semble éviter de franchir le pas supplémentaire, le pas décisif. Celui qui amènerait inéluctablement Alger à une table de négociation avec Rabat. Car le problème du Sahara, on ne le répètera jamais assez, est une affaire algéro-marocaine, n’en déplaise à certains. En outre, les relations on ne peut plus cordiales qui lient la personne du Roi et le Président Chirac devraient être un catalyseur. D’autant que les bouleversements internationaux placent inéluctablement le Maroc dans des situations où les choix de rapprochement entre les puissances semblent quasiment impossibles. C’est la raison pour laquelle l’issue de l’affaire du Sahara sera déterminante.
Sur un registre beaucoup plus large, la France suit d’un œil intéressé les mutations politiques dans le monde arabe, surtout après l’annonce par le cabinet Bush de sa vision du Grand Moyen-Orient. Ce projet d’envergure sera à l’ordre du jour du Sommet arabe qui se tiendra à Alger les 22 et 23 mars à Alger.
Là encore, certains pensent que la provocation de séismes politiques dans les Etats arabes, et notamment au Maghreb, risque de bouleverser l’influence française dans cette région du monde arabe. En clair, la présence française en Afrique francophone est aujourd’hui sérieusement menacée.
Un pays comme le Maroc est l’un des premiers sur lequel l’Hexagone peut théoriquement compter. Reste à savoir ce que l’avenir réserve à l’affaire du Sahara.

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