Cancer : La phobie de la chimiothérapie

Cancer : La phobie de la chimiothérapie

Entretien avec Dr Said Tachfine, oncologue

«Ce n’est pas le cancer qui tue mais la chimio…». Cette phrase introduit très souvent des argumentaires appuyés de déclarations portées par la voix de médecins étrangers. Elle fait le tour de la Toile sur Facebook et Youtube… Les commentaires «qui croire ? Oui justement tel et tel sont morts juste après l’administration de la chimio…» sont censés faire réagir, surtout quand la préservation des malades en dépend. Dr Said Tachfine, oncologue et exerçant depuis plus de 20 ans dans le domaine, permet d’apporter des points de repère et établir une lecture factuelle d’un tel traitement.

ALM : Pourriez-vous nous définir ce qu’est la chimiothérapie ?

Dr Said Tachfine : Elle fait partie avec la chirurgie et la radiothérapie de l’arsenal thérapeutique du cancer.

Si la chirurgie consiste en l’ablation de la tumeur et la radiothérapie en la stérilisation par irradiation du foyer où s’est développée la tumeur, la chimiothérapie, quant à elle, est l’ensemble des thérapeutiques systémiques qui sont prises par voie orale ou par voie intraveineuse dans le but de nettoyer tout le corps humain des cellules cancéreuses. Cette chimiothérapie peut être préventive et c’est ce qui correspond au traitement adjuvant ou sur une maladie visible via scanner et autre bilan radiographique et qui correspond cette fois-ci au traitement de la maladie métastatique.

Dans quel cas la chimiothérapie est-elle prescrite et quelles sont ses priorités ?

La chimiothérapie a pour action d’arrêter la multiplication cellulaire. Comme la cellule tumorale n’a pas d’assise histologique, l’arrêt de sa multiplication devra aboutir à sa mort définitive. Par contre, les tissus sains qui, eux, ont une assise histologique vont se régénérer une fois que les effets de cette chimiothérapie sont passés. Et c’est ce qui explique la toxicité de la chimiothérapie traduite notamment par la chute des cheveux, des globules blancs, globules rouges, de l’ulcération buccale. 

Quelles sont les conditions d’administration de ce type de traitement au malade ?

La chimiothérapie doit être administrée par une équipe médicale spécialisée en oncologie après examen clinique et vérification du bilan biologique.

Les protocoles répondent à des référentiels internationaux. Pouvez-vous nous expliciter cela?     

Les protocoles de chimiothérapie correspondent aux différents types de la pathologie (sein, colon..) et aux différents stades de la maladie cancéreuse. Partant de là, le  traitement de la maladie en situation «adjuvant» est différent du traitement de la maladie en situation métastatique. Ces différents protocoles sont élaborés par des équipes d’experts internationaux et correspondent à des guide lines ou référentiels que toute équipe médicale doit respecter scrupuleusement. Ces protocoles sont décidés par l’équipe médicale soignante en réunion de concertation pluridisciplinaire (RCP).

Comment gérer la toxicité de la chimiothérapie?

Chaque cure de chimiothérapie nécessite une consultation médicale avec examen clinique et bilan biologique afin de vérifier que le patient est apte à recevoir sa cure.

C’est aussi l’occasion pour donner au patient tous les conseils hygiéno-diététiques ainsi que les médicaments nécessaires à la gestion de la toxicité de la cure de chimiothérapie. Généralement, des traitements contre la nausée et les vomissements sont prescrits ainsi que des bains de bouche pour calmer son ulcération. Des conseils pour la gestion des globules blancs sont également essentiels. Normalement, les tissus se régénèrent dans une moyenne de deux semaines après une chimiothérapie.

Comment évaluer l’efficacité de la chimiothérapie ?

En situation de traitement adjuvant, c’est-à-dire dans le cas d’un patient opéré avec absence de maladie visible et que tous les bilans sont normaux, la chimiothérapie a pour but de détruire d’éventuelles cellules tumorales invisibles. La durée de la chimiothérapie est déterminée au début du traitement et correspond en général à 6 cures. Après ce traitement, le malade débutera sa surveillance périodique à intervalle de 3 à 6 mois.

Son état de santé s’améliore progressivement. En situation métastatique, l’évaluation de la maladie s’effectue après trois cures de chimiothérapie et les décisions sont prises par l’équipe médicale après chaque bilan. L’objectif de la chimiothérapie en situation métastatique est d’atteindre la meilleure réponse tumorale afin de permettre au patient la meilleure qualité de vie. Il s’agit en effet d’aboutir à une situation où le patient est en rémission sans traitement si possible sinon le moins toxique. Dans ce cas, il s’agit d’un traitement d’entretien qui est prescrit.

Quelles sont les évolutions de la chimiothérapie tant sur le plan international que national?

Les pays développés ont fait du traitement du cancer une priorité sociopolitique. Le Maroc est leader en Afrique en matière de sensibilisation et de prise en charge de la maladie cancéreuse.

La Fondation Lalla Selma de lutte contre le cancer joue, par ailleurs, un rôle fondamental avec la création en 10 ans de plus de 6 centres spécialisés dans le traitement contre le cancer à des normes internationales correspondantes avec en plus des maisons de vie pour accueillir les membres des familles pendant la durée du traitement.

La Fondation a permis aussi l’accès gratuit aux médicaments très coûteux. D’une façon générale, la prise en charge du malade cancéreux est actuellement d’un très bon niveau aussi bien dans les centres publics que dans les cliniques privées et ceci est valable pour toutes les régions du Maroc, à savoir Casablanca, Rabat, Fès, Meknès, Marrakech, Agadir, Oujda, Tanger, El Hoceima, Beni Mellal et Khouribga.

Le mot de la fin, Docteur…

La chimiothérapie est un traitement du cancer qui n’est prescrit que lorsqu’il est utile. Et les effets secondaires ne sont que transitoires, preuve en est la repousse des cheveux. Le patient doit s’armer de patience et faire ressurgir ses forces internes pour surmonter cette épreuve. Et comme l’adage le dit si bien : après la pluie le beau temps !

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