Chicha vs. autorités : Une loi toujours en gestation

Chicha vs. autorités : Une loi toujours  en gestation

Il y a maintenant un peu plus de 15 ans que le narguilé (chicha), invention persane, a débarqué dans les cafés marocains. De nos jours, ces salons existent toujours, même après la promulgation, il y a de cela dix années, d’une loi interdisant la commercialisation de la «chicha».

Il suffit de faire une petite randonnée dans quelques villes du Royaume, à Casablanca notamment, pour s’apercevoir que ce genre de cafés garde toujours portes ouvertes. En dépit de l’arrêté n°5 du 22 septembre 2004 décrété par l’ancien wali M’hammed Dryef, dont le but était de faire table rase de ces endroits, il est toujours ici et là une odeur de tabamel (Maassal) qui titillera vos sens. Qu’est-ce qui explique alors cette décision non démocratisée et floue ?

Les cafés de Narguilé…des cafés comme les autres ?!

A la question sur la différence entre un café normal et un café de narguilé, Abdelhak, ex-gérant d’un café de narguilé de la capitale économique, répond : «La seule différence, c’est qu’au lieu de fumer une cigarette en regardant des matchs de foot, on y fume la chicha en regardant les mêmes matchs de foot». Le législateur en pense autrement. Ces lieux offrent, selon les autorités, des espaces où affluent des mineures mais également quelques prostituées.

«Ces cafés sont des trous bien chauds pour les vendeuses de charme. Ceux-ci leur permettent d’échapper aux trottoirs et, par conséquent,  aux yeux de la police.  ça leur permet par la même occasion de fidéliser une clientèle toujours présente et prête à se faire payer quelques petits services», affirme un inspecteur de police. «Nous essayons  de mettre fin à cette addiction qui nuit gravement à la santé des Marocains», explique-t-il. Pour Karim, gérant de café de 42 ans, les intentions des agents de police sont loin d’être de bonne foi et ont surtout un désir d’étaler leur pouvoir sans réellement répondre à une loi effective. «S’il existe vraiment une loi interdisant l’ouverture des cafés offrant la chicha, comment pourriez-vous m’expliquer ces longues périodes de commercialisation avant des descentes policières inopinées ?».

Sur la question de la prostitution, Rajae, ingénieur en télécommunications et accro au narguilé depuis plus de quatre ans, voit en l’idée d’avancer de tels propos «une aberration et une gageure», car, d’après elle, si l’on voulait vraiment mettre fin à la prostitution, ce n’est pas dans un café de narguilé qu’il faudra se rendre mais dans les boîtes et les bars. «Et je crois que les autorités le savent très bien. Donc je ne vois pas ici une justification objective de la part des autorités, car si c’était le cas, on l’aurait interdite partout, notamment dans les bars et les hôtels», explique-t-elle.

Pour Chouaib, docteur en sociologie, la chicha, en elle même, n’est pas différente de la cigarette. Pour lui, les raisons de cette prohibition sont à chercher dans les origines de la chicha. «La chicha a une histoire et un passé qui coïncident avec le déclin de l’âge d’or arabe», explique-t-il, ajoutant que dans l’inconscient des sociétés arabes, elle est associée au déclin de leur civilisation mais aussi aux mille et une nuits, et à l’excès que cela représente. «La cigarette, par contre, est un concept moderne dont les sources sont très récentes historiquement parlant», compare Chouaib, pour qui la cigarette est au moins aussi nocive que la pipe à eau.

Cafés de narguilé : Passe-temps pour certains, gagne-pain pour d’autres

Qu’ils soient d’apparence simple ou luxueuse, les cafés de narguilé paient presque tous le prix des descentes des autorités qui opèrent régulièrement des campagnes de saisie des narguilés. Ils demeurent, cependant, un gagne-pain pour un bon nombre de personnes et un lieu de divertissement pour beaucoup d’autres. Souvent issus d’un milieu défavorisé, les employés dans les cafés du narguilé croisent le charbon et le feu pour subvenir aux besoins de leurs familles respectives. D’autres jeunes femmes «ont échappé à des pratiques malsaines en optant pour le travail de j’mayriya ou de serveuse», affirme Najat, serveuse. «Le pourboire ici est plus intéressant que dans les cafés normaux», ajoute-t-elle.

Pourquoi la loi n’est-elle pas généralisée ?

«Les services de police ont l’ordre d’opérer uniquement sur les cafés récemment ouverts car ne faisant pas partie du cahier des charges incluant les anciens cafés», explique un procureur du Roi. Qualifiant cette démarche de discriminatoire, celui-ci appelle à «une prompte promulgation d’une loi généralisant l’interdiction de ce fléau».
Le phénomène des cafés de narguilé demeure depuis des années entre vents et marrées, laissant ainsi un grand point d’interrogation sur sa pratique toujours courante. Entre détracteurs et partisans de l’idée, l’Etat seul, en sa qualité de régulateur, pourra trancher.
Notons que l’interdiction de la chicha fait partie intégrante du projet d’interdiction de fumer dans les endroits publics : Une loi péremptoire s’impose !

Par : Mesk Ahmed
 

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