Chichane : Le quartier oublié

Dans le génie populaire local, la Tchétchénie est synonyme d’éloignement et d’oubli. Quelque part aux abords de Casablanca, tout un quartier, presque une ville de 80 000 âmes est désormais connue sous le nom de Chichane.
Douar Lehraouiyine est une commune rurale, située au–delà du marché du gros à la limite d’Essalmia, l’existence même de ce douar était ignorée par la majorité des Casablancais. C’est en 1996 qu’il fera la Une des journaux après les affrontements entre les autorités et les habitants. La construction anarchique sera vite, favorisée par les spéculateurs et l’absence de contrôle de la part des responsables, favorisant ainsi l’émergence d’un échantillon d’habitat insalubre par excellence. La destruction des habitations anarchiques avait suscité la colère des habitants qui réagirent violemment allant même jusqu’à mettre le feu dans les locaux de la commune. Cet événement a coïncidé avec la guerre en Tchétchénie d’où le nom qui identifie cette région de nos jours : Chichane. Le calme est revenu après l’intervention de différents acteurs, mais la situation est maintenue en statu quo jusqu’à nos jours. Entre-temps la construction anarchique, réactivée par la cupidité de certains élus et membres de l’autorité, battait son plein.
Profitant du programme de l’électrification rurale, ce problème est relativement réglé, ce qui n’est pas le cas pour l’eau. C’est la commune qui se charge de mettre l’eau potable à la portée des habitants en installant des sources et des puits. Quant au réseau d’évacuation des eaux usées, il est inexistant. Sans parler des meutes de chiens qui parcourent le douar, mêlés à la population. Ce manque total de l’hygiène la plus élémentaire doit évidemment entraîner une flopée de maladies. De quoi occuper à plein temps un congrès de médecins. Côté santé, la situation est tellement dégradée qu’un simple pharmacien de la place joue le rôle de médecin, d’infirmier et parfois même il devient ambulancier. Il faut dire que la situation nécessite des efforts énormes de la part de tous les acteurs. La société civile devrait se pencher sur les endurances de cette partie oubliée et sans ressources. D’autant plus que le tronçon reliant Mohammedia à l’autoroute de Casa-Settat en passant par l’aéroport est toujours bloqué. La raison : un quartier entier doit être littéralement rasé et 300 familles risquent de se trouver sans abri. Ils vont être expropriés (utilité publique oblige) selon le bulletin officiel n°4964 du 27 décembre 2001. Si la pauvreté, l’ignorance et la précarité poussent les pauvres gens à commettre des infractions, l’autre revers de la médaille est l’exploitation de la situation par des industriels ayant procédé à l’édification de dépôts et de hangars créant ainsi une grande zone industrielle clandestine exonérée d’impôts et qui échappe à tout contrôle. Quel avenir pour cette périphérie qui fait quand même partie du Grand Casablanca et qui suscite une gigantesque mobilisation ? La conjoncture actuelle constitue le climat propice pour se pencher sur cette problématique, en mettant à profit le concept de travail déclenché il y a quelques jours par le wali de Casablanca, Driss Benhima.

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