Derb Ghallef, vers le transfert

Le vieux marché de Derb Ghallef à Casablanca. Sera-t-il transféré. On ne le sera-t-il pas ? Telle est la question qui hante les commerçants dans ce vieux souk ces dernières semaines. Les services de la Wilaya de Casablanca viennent d’aviser les commerçants exerçant dans le marché aux poulets. Le dernier délai pour l’évacuation est au plus tard fin octobre. L’affaire est complexe. Elle remonte à plus de vingt ans. Ces commerçants ayant exercé leur activité sur place des années durant se trouvent dans une situation critique. La commune urbaine de Maârif, les services de la Wilaya, les propriétaires du terrain, environ 25 hectares, et les commerçants. Quatre parties sont impliquées. Les propriétaires se sentent lésés dans leur droit. Et les commerçants se plaignent à leur tour.
Qui va indemniser les uns et les autres. «Hier, on nous a autorisé d’exercer notre activité et maintenant on nous demande d’évacuer les lieux. Au départ, le requérant obtient son emplacement dans ce marché en contrepartie d’une somme de 80.000 dirhams versée à la commune. Par la suite, le fonds de commerce a atteint des millions de centimes. Toutes ces transactions ont été autorisées par la commune. Celle-ci doit nous indemniser», souligne Ahmed 53 ans, commerçant au marché aux poulets depuis 1982. Il était parmi les 500 sinistrés de l’incendie qui a ravagé l’ancienne «joutya» de Derb Ghallef en 1982.
En cette année, les autorités de la Wilaya n’ont autorisé que les cinq cents sinistrés de l’ancien marché aux puces à s’implanter sur le terrain objet du titre foncier 4238d. Les constructions sont alors réalisées en contrepartie d’une somme de 80.000 dirhams par sinistrés. Un peu plus tard, notamment avec la décentralisation, la commune urbaine de Maârif sera chargée de la gestion de la dite Joutya. Une véritable aubaine. La Joutia de Derb Ghallef passe alors de 500 à près de 5.000 magasins actuellement entre le marché aux poulets et l’enceinte commerciale, marché aux puces. Ce passage s’est effectué, en contrepartie de 20.000 à 30.000 dirhams pour les échoppes au marché aux poulets et entre 120.000 et 150.000 dirhams pour les constructions au sein de l’enceinte commerciale. Ces sommes étaient versées en noir, acompte, «Saroute». Les commerçants obtiennent un contrat de location et un droit d’exploitation. La commune de Maârif a longtemps perçu un loyer mensuel, remplacé finalement par des taxes communales. Une manne inestimable. L’activité bat son plein et le marché aux puces devient un repère, une plaque tournante, dans la capitale économique du pays. Certains de ces magasins ont en effet changé plus de 20 fois de propriétaire… et le fond de commerce est arrivé jusqu’à 120 millions de centimes. Mais, aujourd’hui c’est la période des vaches maigres.
L’activité accuse une nette régression, notamment cette année. Ceux qui ont anticipé sur cette crise ont déjà vendu leur fonds de commerce pour aller s’installer au souk Lokréaâa où les activités battent leur plein après sa restructuration et son organisation à la suite de l’incendie qui l’a ravagé en septembre 2000.
Durant toute cette période, les propriétaires du terrain ont lancé plusieurs actions en justice en vue de récupérer leur terrain, ou l’indemnisation sur l’exploitation. « Toutes ces actions ont été déboutées par la justice», souligne Youssef Benkirane, co-propriétaire majoritaire du terrain en question. Les propriétaires attendent toujours de la justice qu’elle reconnaisse leurs droits et de l’Etat qu’il les dédommage. Et en parallèle, les commerçants exerçant sur place veulent être indemnisés avant d’évacuer ailleurs. Aujourd’hui, il est question d’évacuation. Mais comment ? Telle est la question qui tarde la réhabilitation des uns et des autres.

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