Derbani et son laboratoire de la mort

Derbani et son laboratoire de la mort

Il était Jekyll dehors, et Hyde chez lui. A l’instar du célèbre docteur Henry Jekyll, Hicham Derbani se transformait en monstre lorsqu’il escaladait les escaliers qui le conduisaient au deuxième étage d’un immeuble à Berrechid où il avait loué un appartement pour la somme de 1.500 DH. Dehors, il était un insignifiant vendeur d’une soupe préparée à base de fèves, dite “bissara“. Ce qui lui a valu le nom de vendeur de “bissara“. Chez lui, il remuait dans une deuxième marmite des ingrédients qu’il réservait à un autre usage. Il a divisé en deux parties son appartement. L’une réservée à l’habitation avec sa femme Souad Khalif et à son enfant, âgé de deux ans, tandis que l’autre a été transformée en laboratoire.
C’est dans cette partie, dont l’accès était formellement interdit sa femme, que Hicham Derbani revêtait la peau de Hyde et se livrait à des expériences dont il attendait qu’ils provoquent la plus grande effusion de sang. Les perquisitions opérées par les forces de l’ordre dans l’appartement de l’intéressé ont permis de mettre la main sur un arsenal, digne d’un laboratoire. Douze bouteilles en plastique, capables de contenir 5 litres, vingt bouteilles de 1 litre, également en plastique. Cinq sacs contenant une poudre blanche inflammable. Et information de taille qui ne laisse aucun doute sur l’usage réservé à ces produits : des détonateurs et des boîtes remplies de clous.
Les analyses par les services de police des produits conservés dans les bouteilles ont montré qu’il s’agit d’acide chlorhydrique, d’acide sulfurique, d’ammoniaque et d’alcool. Selon une source autorisée, d’autres produits, saisis dans l’appartement de Hicham Derbani, sont en cours d’analyse. Les perquisitions ont également permis de saisir d’autres éléments intéressants. En plus de l’attirail dont s’équipe l’islamiste de base (livres et cassette de propagande), des manuels de physique et de chimie constituaient les livres de chevet du suspect.Hicham Derbani a suivi des études en sciences expérimentales jusqu’au baccalauréat dans un lycée de Casablanca. Cet homme, âgé de 29 ans, a gardé de sa familiarité avec les sciences expérimentales une supposé facilité pour mélanger les matières, en vue d’en créer de nouvelles.
Rien ne lui manquait pour arriver à cette fin. Il disposait d’une balançoire électronique, dernier cri. La précision du grammage dans le dosage des produits était infaillible. Il avait également un ordinateur (PC) et un scanner performant. La police a aussi découvert des centaines de faux billets de banques d’une valeur de 200 et 100 DH. L’homme n’avait aucun mal à falsifier les documents. En plus des faux billets de banque, il avait présenté une fausse carte d’identité. Son activité de faux-monnayeur lui permettait, au demeurant, d’approvisionner son laboratoire. Selon une source policière, il légitimait ceci par cela. Hicham Derbani considérait que ses actes de banditisme se justifiaient pas les fins qu’il assignait aux produits qu’ils achetait.
Dans son laboratoire, le suspect préparait un attentat de la même ampleur que celui du 16 mai. Selon une source policière, il se préparait à une commémoration macabre de l’anniversaire des attentats de Casablanca.
Comme l’heure approchait, Hicham Derbani a appelé un complice au renfort : Salaheddine Debbich. C’est ce dernier qui a blessé d’un coup de sabre un policier, mardi dernier. Les habitants de Berrechid ne le connaissaient pas. Ils pensaient tout savoir, en revanche, de Hicham Derbani. Leur stupeur demeure intacte, deux jours après avoir appris que “moul bissara“ est un fabricant de bombes. La distance entre le ragoût et les explosifs est trop grande pour qu’un même homme puisse la parcourir. Le suspect la parcourait pourtant allègrement en passant d’une pièce à une autre dans son appartement. Il ne ressemblait au docteur Jekyll qu’en apparence. Hicham Derbani est taillé dans l’argile monstrueuse de Hyde. Et il mettait du coeur à remuer les produits de sa marmite à seule fin de tuer.

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