Des enfants de la rue au centre de Rabat

Vers 22 heures, sur le boulevard Mohammed V à Rabat, en face de l’institution parlementaire et dans les parages du vieux Café Balima, les enfants de la rue cherchent en cette heure un abri pour passer le reste de la nuit. Un phénomène social qui interpelle à plus d’un titre. On est au centre-ville de la capitale du pays et non pas dans les environs d’une gare routière ou dans un quartier populaire et populeux où l’on peut trouver des habitations abandonnées qui peuvent servir de refuge. D’où viennent ces enfants portant des habits déchirés et complètement maculés ? Sont-ils condamnés à errer dans les rues sans faute de leur part ? Les associations actives dans ce domaine n’arrivent-elles pas à toucher cette frange de la société ? Pendant cette période de froid et de pluie, les souffrances de ces enfants, ayant fui leurs foyers pour de multiples raisons, notamment la destruction de la cellule familiale, l’échec scolaire, pauvreté des parents et leur analphabétisme, se multiplient. Pour se protéger la nuit, ils squattent ces lieux situés au centre ville, parce qu’ils se sentent en sécurité.
Quelles que soient les conditions, ils passent la nuit dans ces lieux et se réveillent tôt le matin pour une nouvelle journée d’errance dans la ville. Leur situation les expose à toute sorte de dérive et de maladies. En bas âge, ils s’adonnent à la drogue, buvent et fument. Tous les vices. Parfois ils s’adressent un passant uniquement pour lui demander une cigarette.
Abdelilah, environ 13 ans, complètement drogué, s’installe en cette heure à côté du gardien de voitures dans le parking limitrophe du Café Balima. Il ne cache rien. « Je n’ai ni père ni mère. Et ça fait presque huit mois que je vis uniquement dans la rue. Je ne veux pas être dans une association.
Car dans ces lieux, me racontent mes amis, on n’est pas libre et l’on nous impose un mode de vie. Avant on passait la nuit à la gare routière, mais on n’est plus en sécurité. Ici personne ne nous dérange », affirme-t-il, la cigarette entre ses doigts, les yeux enfoncés, « hors réseau » comme on dit ces derniers temps dans ce cas de figure. Ils bougent et changent toujours de squats. Ils fuient les enquêteurs des associations de la société civile qui cherchent à les intégrer dans des centres d’éducation et échappent également aux contrôles des éléments de la police. Ils ont appris l’habitude d’errer dans la ville. Et l’habitude devient une seconde nature. Une fois arrêtés par les éléments de la police, ces enfants sans domicile fixe sont déférés devant la justice pour vagabondage. Après instruction, ils sont placés dans des centres de détention et de réinsertion. Selon des experts en la matière, une fois l’enfant se trouve dans la rue, sa réinsertion devient difficile. Alors, estiment-ils, il faut agir avant que ces enfants ne se retrouvent dans la rue.

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