Des experts jugent que la Suisse a géré la crise avec «amateurisme»

Des experts jugent que la Suisse a géré la crise avec «amateurisme»

La gestion de la crise avec la Libye de Mouammar Kadhafi, qui s’étire depuis plus d’un an et demi, a été menée avec «amateurisme» par la Suisse et menace son rôle traditionnel de médiateur dans les relations internationales, selon des experts. Neutre pendant la Deuxième Guerre mondiale, le petit pays alpin s’est longtemps illustré par une politique de bons offices facilitant les échanges dans les coulisses des conflits en cours. La Suisse a ainsi œuvré pour le rapprochement entre la Turquie et l’Arménie, joué un rôle dans les négociations autour de l’indépendance du Kosovo et ses diplomates à Téhéran représentent les intérêts des États-Unis depuis 1980. «Le cas libyen a mis à mal la politique étrangère de la Suisse en révélant une incapacité à gérer de grands dossiers», affirme à l’AFP Frédéric Esposito, professeur à l’Institut européen de l’Université de Genève. «Par conséquent, on peut s’interroger sur sa capacité à jouer cette fonction de bons offices dans les grandes questions internationales», estime-t-il, soulignant la «grande concurrence» des pays scandinaves dans ce domaine. L’interpellation musclée du fils du numéro un libyen Mouammar Kadhafi, Hannibal, en juillet 2008, à Genève, après une plainte de deux domestiques l’accusant de mauvais traitements, a déclenché une crise sans précédent entre Berne et Tripoli. En représailles, la Libye a retenu sur son sol deux hommes d’affaires suisses, qui ont été jugés pour séjour illégal et activités économiques illégales. Malgré les efforts de la Suisse, seul l’un d’entre eux, Rachid Hamdani, a pu revenir en Suisse. L’autre, Max Galdi, purge depuis lundi une peine de quatre mois de prison près de Tripoli.
Alors que la Suisse était déjà «fragilisée» par cette affaire, l’interdiction de minarets votée en novembre par référendum a jeté de l’huile sur le feu, souligne pour sa part le professeur en droit international Marcelo Kohen : «les relations sont désormais très délicates avec le monde arabe». Et le colonel en joue, car «Kadhafi sait que le rôle de médiation diplomatique de la Suisse est basé sur son image neutre, impartiale et ouverte», ajoute le directeur du Centre de recherche sur le Monde arabe et méditerranéen de Genève, Hasni Abidi. D’autant plus que le gouvernement suisse a fait preuve d’amateurisme, selon M. Esposito. Alors que le colonel Kadhafi a pour tactique de souffler le chaud et le froid, comme en témoigne son appel à la guerre sainte contre la Suisse lancé jeudi, Berne s’est montré «incapable d’intégrer l’émotionnel, les dimensions d’ordre culturel et symbolique dans ses relations avec lui», juge-t-il. Au plus haut de la crise, à l’automne 2009, la Suisse a commencé à refuser d’octroyer des visas Schengen à certains Libyens. Tripoli a alors répliqué en refusant des visas aux ressortissants de l’espace Schengen, ce qui a entraîné à la mi-février une médiation européenne.

 Alix Rijckaert AFP

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