Dossier : Benamour : «une initiative doublement positive»

Dossier : Benamour : «une initiative doublement positive»

Aujourd’hui Le Maroc : D’après vous, quel est le vrai objectif de ce projet de loi sur les partis politiques ?
Abdelali Benamour : D’abord il faut le situer dans son contexte qui est doublement positif. Il l’est premièrement dans la mesure où l’on a pris conscience dans notre pays qu’il fallait faire quelque chose pour réanimer la champ politique.
Deuxièmement il faut bien reconnaître que ça ne va plus du tout dans nos partis politiques qui n’ont même pas été capables de savoir comment assurer une transition, ni comment se positionner. Vous allez trouver dans le même parti un mélange d’idéologies qui ne peuvent en aucun cas cohabiter. Par exemple, le même parti peut couver un socialiste scientifique en même temps qu’un conservateur qui frôle le radicalisme mélangé avec un pseudo-libéral et ainsi de suite. Et dans le meilleur des cas, il existe une petite dominante au milieu de plusieurs composantes incohabitables dans le même parti. Sur le plan organisationnel, le leadership est éternel. Sur le plan du fonctionnement les paradoxes sont flagrants : il y a trop de démocratie et pas de démocratie. A chaque fois qu’il y a des revendications pour des changements, les chefs historiques s’arrangent pour repousser la tenue du congrès ou de la réunion du parti, guettant le moment propice pour calmer et amadouer par tous les moyens possibles « les esprits chauds », ceux qui réclament le changement. Tout cela pour que le chef historique reste indécrottable de son siège. En fin de compte, je dis que le nouveau texte serait le bienvenu, car quoi qu’il en soit, il est positif.
Vous ne pensez-pas que, lors des concertations et avant que le projet en question ne soit soumis au vote au sein du Parlement, les partis tenteraient de le vider de sa substance ?
Il faut d’abord que je vous dise que j’ai quelques remarques sur le texte proposé. Je considère qu’il contient des dispositions qui risquent de poser problème comme par exemple l’article 4 selon lequel un parti politique ne doit pas se faire sur une base religieuse. J’aurais préféré que le texte ajoutât : pas de base religieuse si le parti en question s’érige en monopolisateur de la religion ou s’octroie le droit de prétendre la protection de la religion. Si un parti qui est basé sur la religion, mais qui est effectivement engagé dans le processus politique et soumis aux règles de la démocratie prônées par la constitution, qu’en serait-il ?
Par ailleurs, je considère qu’un parti qui ne tient pas son congrès dans les délais fixés se trouve automatiquement et juridiquement hors du circuit de la loi. Pour revenir au vif du sujet, je réitère objectivement que les partis politiques posent problème. Cependant ils demeurent indispensables et pour la démocratie et pour la sécurité de la société. Les partis politiques sont par définition les remparts qui protégent la société des risques de dérives et de dérapages. Ce sont ces partis à qui incombe la responsabilité, voire le devoir d’encadrer la population, de guider la jeunesse et d’optimiser l’avenir. Malheureusement les nôtres sont dans une phase de transition qui a un peu trop duré. Par conséquent, il existe deux sortes de discours à adopter vis-à-vis de nos formations politiques, deux lectures : ou bien on leur dit vous ne faites rien, vous ne servez à rien et donc vous devriez disparaître. Ou bien on leur dit, le pays a besoin de vous, vous êtes les encadreurs, mais vous avez beaucoup de problèmes. Vous devriez résoudre ces problèmes, vous auto-critiquez, savoir ce qui devra être fait pour sortir de l’impasse etc. Personnellement, je suis pour le second discours. Mais il faudrait accompagner cela avec une bonne action juridique, médiatique et politique. Il faut que les partis trouvent du soutien quand ils entameront le grand changement. Il faut qu’il y ait une volonté politique importante dans ce sens.
Mais tout de même, le fait d’imposer la transparence et la démocratie interne par la loi n’est pas vraiment un signe de bonne santé de nos partis ?
Il faut savoir que la démocratie est une culture interne. Si elle ne vient pas de l’intérieur de la formation, si elle n’est pas issue de la conviction, elle n’aura aucune raison d’être, qu’elle soit imposée par la loi ou par quoi que ce soit d’autre. Il faudrait qu’il y ait une culture politique. Le projet est là juste pour limiter les dégâts dans de ce qui se fait. Cependant, il serait tout de même nécessaire de titiller les organismes politiques afin de les pousser vers la démocratie. Conclusion, et de façon globale, le projet en soi, est positif.

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