Dossier : Le droit à la différence

Dossier : Le droit à la différence

L’affaire des homosexuels de Tétouan n’aura pas lieu. Les quarante-trois personnes interpellées mardi 1er juin dans une salle de fête ont été relâchées 48 h plus tard. «Elles ont été relaxées conformément aux résultats de l’enquête», indique une source autorisée à ALM. «Cette décision a été prise parce que les personnes interpellées ne portaient pas atteinte à la morale publique», ajoute la même source. Rappelons les détails d’une opération qui provoque des remous au-delà de nos frontières. Trente-trois hommes et dix femmes se sont donné rendez-vous dans une salle pour fêter l’anniversaire d’un jeune nommé Hicham. Ils ont commencé à affluer à la salle vers 15 h. Le lieu du rendez-vous, situé près de la place Alfadane, est très fréquenté. Certains badauds ont été interloqués par le «sans gêne» des jeunes qui s’acheminaient vers la salle de fête. L’un d’eux a poussé la curiosité jusqu’à aller constater de ses yeux ce qui s’y passait. Ce qu’il a vu l’a jeté dans la stupeur. Certains hommes avaient abandonné leurs vêtements pour revêtir des caftans et des jupes. Le curieux insiste particulièrement sur la masse de maquillage qui couvrait leurs yeux et visages. Ils chantaient et dansaient aux sons de la dakka marrakchia et d’autres rythmes entraînants. Les dix femmes, habillées selon la mode masculine, leur donnaient la réplique. Le curieux n’a pas tardé à alerter la police, «réclamant des sanctions sévères contre les sodomites et les lesbiennes».
Vers 18h 30, quatre véhicules de la sûreté nationale se sont arrêtés devant la salle de fête. Les policiers ont embarqué les 43 personnes qui s’y trouvaient. C’est sans aucun doute leur plus mauvais quart d’heure. De nombreux curieux, attroupés dans la place Alfadane, les ont mitraillés d’insultes. Tous les qualificatifs du genre ont fusé : «pédés», «gouines», «ennemis de Dieu»… Les quarante-trois personnes interpellées sont âgées entre 17 et 28 ans. «Certaines d’entre elles ont refusé les repas», selon une source policière. «Elles ont été traitées dans le strict respect des droits de l’homme et de la même façon que les autres interpellés dans des affaires de droit commun», ajoute cette source. Elle se garde toutefois de préciser que les quarante-trois homosexuels ont fait l’objet de prélèvements sanguins. «C’est un groupe à risque, et il n’y a aucune honte, aucune dégradation à ce qu’il soit contrôlé pour parer au virus du VIH. D’ailleurs ce genre de contrôle est monnaie courante dans tous les pays occidentaux», explique un haut responsable.
Et justement, c’est de ces pays que la protestation a été la plus vive contre l’arrestation des homosexuels de Tétouan. La première réaction est venue de la puissante fédération espagnole ,COLEGAS, des lesbiennes, homosexuels, bisexuels et transsexuels.
Dans un communiqué, publié le vendredi, elle a dénoncé vigoureusement l’opération de Tétouan et exhorté le président du gouvernement espagnol à faire pression sur les autorités marocaines pour relâcher les 43 personnes. La France n’a pas tardé à lui emboîter le pas. Les initiatives sont diverses. Un collectif de soutien vient même de se constituer «pour lutter contre l’homophobie au Maroc». Ses initiateurs appellent ceux qui «sont révoltés par l’arrestation de 43 homosexuels» à exprimer leur indignation ausite http://www.wmaker.net/hermes. Un autre collectif a été créé à Paris par Anas Jazouli pour libérer les 43 personnes. Ce collectif compte déjà des personnalités du monde civil, artistique et politique. Sans compter les milliers de messages électroniques qui circulent sur le sujet. Certains d’entre eux menacent de boycotter la destination Maroc si les homosexuels n’étaient pas été relâchés.
Que tous les protestataires se rassurent : les 43 personnes sont restées derrière les barreaux 48 h. Elles sont de nouveau libres ! Mais leur arrestation met sous les feux des projecteurs l’homosexualité au Maroc. Elle existe, mais de façon clandestine. Depuis peu, les homosexuels veulent sortir de l’ombre à laquelle les condamne la société marocaine. Des velléités de créations d’association sont citées ici et là. Mais elles se voient toujours opposer un niet catégorique. A ce sujet, de nombreux obstacles rendent difficiles la liberté de circulation des homosexuels. L’article 489 du code pénal est sans équivoque : «Est puni de l’emprisonnement de trois à six ans et d’une amende de 200 à 1000 dirhams, quiconque commet un acte impudique ou contre-nature avec un individu de son sexe». Et puis, il y a l’interdit de la religion.
Ce qui risque de prêter à des surenchères théologiques en cas de débat sur le sujet. Dans la pratique, les autorités n’embêtent pas les homosexuels tant qu’ils se tiennent dans un cadre privé. En relâchant les 43 personnes interpellées, elles montrent que le Maroc n’est pas un pays homophobe. Mais est-ce suffisant ? Certains réclament une décision plus courageuse pour que chacun dispose du droit d’aimer sans honte.

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