D’une mission l’autre

D’une mission l’autre

Aujourd’hui le Maroc : Quel état des lieux pouvez-vous nous faire de la région de Laâyoune-Boujdour-Sakia El Hamra près de 14 mois après vutre nomination au poste de wali de la région ?
Mohamed Rharrabi : l’état des lieux a porté sur l’établissement d’un diagnostic de la structure de la Région par le biais d’une concentration multi-rationnelle avec tous les partenaires locaux ( élus, services publics, autorités, société civile, acteurs économiques etc). Il a permis de relever les dysfonctionnements de la gestion territoriale, les opportunités, les projets, les initiatives, et surtout de mettre en place deux plans locaux d’action et une méthodologie de travail. Cette politique s’inscrit dans le cadre de la mise en oeuvre concrète du nouveau concept d’autorité initié par S.M le Roi Mohamed VI.
Comment ce concept a été traduit sur le terrain dans un territoire complexe comme le Sahara?
Le plan d’action que nous avons mis en oeuvre s’articule autour de quatre idées directrices majeures:
D’abord, la nécessité de l’approfondissement des espaces de concertation avec tous les partenaires pour une meilleure implication dans la gestion territoriale et le développement local. Ensuite, l’ouverture d’un espace de communication et d’action contractuelle avec les diverses composantes de la société civile pour la promotion, particulièrement de l’action sociale. Enfin, l’impulsion d’un management opérationnel et rigoureux des politiques publiques, axé sur des objectifs et des critères précis.
La société civile dans la région se distingue par un dynamisme particulier. À quoi attribuez-vous ce phénomène ?
Dans le cadre de la concrétisation de l’approche des directives de S.M le Roi Mohamed VI au sujet de l’implication de la société civile dans la gestion territoriale des provinces du sud, une stratégie de la communication et du développement contractuel avec la société civile est mise en oeuvre. Ses ressorts sont le résultat d’une journée d’étude qui a réuni l’ensemble du mouvement associatif à Laâyoune le 25 mars 2003.
Trois recommandations essentielles ont été concrétisées :
La désignation d’un interlocuteur unique de la wilaya pour le suivi des dossiers du mouvement associatif. Une cellule d’associations a été créée dans ce sens et elle est ouverte pour l’accueil des associations, le suivi de leurs dossiers auprès de tous les services de l’Etat et la coordination entre elles et les autres partenaires ; la mise en place d’un comité provincial d’éthique pour l’affectation des subventions des collectivités locales et autres bailleurs de fonds. Ce comité a élaboré une méthodologie qui privilégie la contractualisation sur la base de programmes concrets d’action ; la construction d’un espace associatif dédié aux associations qui leur offrira des locaux pour le travail et la logistique nécessaire (informatique, web, secrétariat ..etc). Ce projet, piloté par le conseil provincial et l’agence de développement social, est en cours de réalisation. En attendant, 63 conventions ont été signées entre 29 associations et divers organismes publics, pour la concrétisation de 63 projets a caractère social dont le montant atteint 19.529.908,00 DH. Ainsi, cette stratégie de promotion de la société civile s’opère dans le cadre d’une déontologie de transparence, de partenariat et d’efficacité.
L’État marocain a joué depuis la récupération de la province de Laâyoune en 1976 le rôle d’investisseur et de développeur dans la région. La région demeure très pauvre en investissements privés. Pourquoi ?
Après la récupération des provinces du sud, il fallait que l’État agisse pour favoriser une véritable mise à niveau de ces territoires avec le reste du Royaume (routes , aéroport ports, accès à l’eau, électrification, accès aux soins, scolarisation, développement urbain). Cette première génération d’infrastructures a permis aux populations d’accéder à des ratios positifs de développement local et infrastructurel. Aujourd’hui, l’heure est à la réalisation d’une deuxième génération d’équipements appelés à préparer les conditions d’accueil des investissements (extension du port, voie rapide Laâyoune-El Marsa –Dorsale et maritime Tarfaya-El Marsa, plans de qualification des villes de Laâyoune – El Marsa – Tarfaya, étude de la zone touristique de Foum El Oued, etc). Certes, l’Etat continue à jouer le rôle de principal employeur, mais la priorité est accordée à l’encouragement de l’auto-emploi à travers la promotion de la micro-entreprise, le secteur coopératif et le soutien des initiatives privées. De même l’effort social est soumis de plus en plus à une logique de rationalité, de rentabilité et d’efficacité.
L’économie régionale est basée sur une mono-ressource, à savoir la pêche. Pourtant, la région dispose d’autres atouts qui ne sont pas exploités, notamment touristiques. Quel est le problème ?
La pêche et le tourisme représentent les secteurs essentiels de l’économie régionale. L’effort est articulé sur la valorisation des potentialités locales, susceptibles de les transformer en opportunités créatives de richesse. Les secteurs porteurs sont projetés à travers des politiques publiques, fondatrices de soutien, d’impulsion, de coordination et d’encadrement.
La pêche constitue, sans conteste, l’épine dorsale de l’économie régionale, un secteur qui a généré pour le moment une activité organisée qui s’est traduite par de nombreux investissements. Trois politiques sont déployées pour capitaliser le potentiel du secteur . Primo, une politique de régulation jouée par le département de la pêche. À noter que la quasi-totalité des investisseurs ont privilégié, par imitation, la congélation. Ce qui se traduit aujourd’hui par une surcapacité et surtout par une âpre concurrence suicidaire entre les congélateurs au niveau de l’achat de la ressource. Des pistes de reconversion ont été lancées pour amortir cette crise. D’autre part, tous les professionnels attendent le déblocage de nombreux projets de partenariat avec des opérateurs étrangers qui sont soumis à l’approbation des pouvoirs publics. Au niveau de la protection des ressources, la défaillance porte surtout sur la timidité des actions entreprises. La recherche nationale est à mettre en oeuvre et ses efforts méritent d’être mis en valeur. La diffusion de ses diagnostics doit être encouragée auprès des opérateurs et de l’opinion publique. Au point de vue de l’organisation, le défi de l’administration est d’accompagner les partenaires tant au niveau de la qualité, de la formation que des capacités de régulation.
Secundo, une politique de formation marquée par le contrat formation Sakia El Hamra dont l’objectif est de former 6.000 jeunes marins pêcheurs. Les points essentiels de cette politique se manifestent dans l’encouragement de l’initiative privée chez les jeunes par des aides directes pour l’acquisition des barques.
Or, le processus de création de micro-entreprises requiert du temps. Le risque est d’aider à l’émergence de groupes de jeunes formés qui miseraient sur le soutien des pouvoirs publics avec tout ce que cette situation suppose comme conséquences revendicatrices. Autre problème, la difficulté sinon l’impossibilité pour les jeunes d’ apporter leur quote-part (60.000 DH dont 38.000 DH est prise en charge par l’Etat). Près de 1.300 jeunes sont déjà formés et seules 30 micro-entreprises ont été constituées et font l’objet d’un véritable soutien pour créer un laboratoire-témoin susceptible d’attirer de plus en plus de jeunes dans le secteur. À cet effet, les sociétés de micro-crédit sont nécessaires. La Banque populaire a investi ce créneau en ouvrant récemment une agence à Laâyoune. Par ailleurs, une réflexion sur un solide cursus de formation devrait favoriser l’émergence des villages de pêches et créer des ancrages sur le littoral de la région. Tertio, une politique infrastructurelle lancée par S.M le Roi Mohamed VI avec l’extension du port de Laâyoune en cours de concrétisation par l’ODEP, ce qui permettra avant cette année au secteur de la pêche de disposer de nouveaux quais et par conséquent aux services publics de maîtriser l’organisation du port.
D’ailleurs, un comité provincial composé des administrations concernées travaille sur le développement intégré du littoral, allant de l’Oued El Waâr au nord à Boujdour au Sud ( ports, villages de pêche, désenclavement, tourisme…).
Et le tourisme ?
C’est le secteur d’avenir. Le tourisme du désert (évasion, aventure, recherche de l’immensité spatiale) est très prisé par une catégorie importante de touristes. Outre ce produit, la région dispose de longues côtes maritimes pittoresques vierges, d’un ensoleillement presque toute l’année, sans oublier la richesse culturelle locale. Les freins à l’émergence d’une activité touristique digne de ce nom sont l’éloignement et la cherté du transport aérien, l’attitude frileuse des tours opérateurs internationaux vis-à-vis des investissements dans la région et l’absence de politiques de promotion et de marketing.
Pour le moment une stratégie minimale a été lancée, visant deux objectifs : l’étude du produit en partenariat avec le conseil régional, le conseil provincial et le département du tourisme, la projection des zones balnéaires susceptibles d’être aménagées dans l’avenir.
En un mot, la région de Laâyoune-Boujdour-Sakia El Hamra est une région en pleine expansion, qui dispose de nombreux atouts. L’avenir dans cette partie du Royaume s’annonce prometteur sous la conduite éclairée de S.M le Roi.

• Abdellah Chankou
a[email protected]
Envoyé spécial à Laâyoune

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