Enquête : Assia El Ouadie : Mourir pour une cause

Il est des gens splendides de courage et de dévouement, qui aiment se sacrifier pour les autres. Assia El Ouadie est de ceux-là. Il y a de l’acier et de la tendresse dans ce bout de femme de 53 ans au militantisme chevillé au corps. C’est qu’elle a de qui tenir. Mme El Ouadie a vu le jour dans une famille de nationalistes : une mère, Touria Seqqat, décédée en 1992 et un père, Mohamed Belarbi Al Assafi, toujours en vie, qui a fait plusieurs séjours en prison pendant l’occupation et après l’indépendance.
Aînée d’une fraterie de 9 enfants dont deux frères, Saleh et Aziz, sont d’anciens détenus politiques, Assia, mère de deux enfants, ne pouvait pas déroger à la règle. «Nos parents ne nous ont pas éduqués dans le culte de l’argent mais dans l’amour de la patrie», dit-elle, une pointe de fiéreté dans la voix.
C’est naturellement qu’elle choisit de faire carrière dans la justice. En 1971, elle décroche son premier poste comme substitut du procureur du Roi à Casablanca. Elle passe près de 10 ans dans cette fonction. Assez à ses yeux pour se résoudre à changer de cap, passer de l’autre côté de la barrière. En un mot, changer de métier pour voler au secours des petites gens. Rien de tel que de devenir avocate. Tout en militant en parallèle dans des associations féminines , elle participe à la création de l’observatoire des prisons. «Rien ne me révolte que l’injustice», explique-t-elle d’un ton ferme. Le monde carcéral, Mme El Ouadie ne le connaît que trop bien eu égard à son expérience dans ce domaine. Un monde impitoyable où la militante doit pouvoir être engagée. Retour à l’administration de la justice, précisèment dans la direction pénitentiaire. La décision a été finalement prise, au prix de mille efforts, de mettre en place des centres de réforme pour jeunes délinquants (20 ans et moins) à travers le Maroc dont la supervision a été confiée à Assia El Ouadie. C’est ainsi que voit le jour en 1999 le centre de Casablanca. Les autres sont encore à l’état de projet.
Assia El Ouadie a des idées plein la tête, susceptibles d’améliorer les conditions de détention des jeunes délinquants. Consciente que l’oisiveté est la mère des vices, elle veut occuper ses “enfants“ par des ateliers de formation mieux élaborés et des activités utiles à même de révéler des talents. La visite de S.M le Roi au centre est tombée à point nommée. «Un cadeau du ciel», dit-elle, heureuse. Elle ajoute : «Je suis optimiste et confiante».
Cette croisée de la justice, qui dégage une grande chaleur humaine et une formidable impression de sincérité, est toujours sur la brèche, prête à servir, à soulager, au détriment de sa vie et de sa santé. «À quoi sert de vivre si on ne milite pas pour une cause quitte à y laisser la vie», assène-t-elle. Un sens aigu du devoir.

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