Enseignement : grève pour l’équivalence

Les titulaires d’un doctorat français entamaient hier leur quatorzième jour de grève de la faim. Implacablement déterminés à obtenir gain de cause, ils rappellent inlassablement leurs revendications et, surtout, le fait que cela fait plus de vingt ans qu’ils se battent. Mohamed Mahassine, professeur de philosophie et porte-parole des grévistes, s’efforce pourtant de rester ouvert au dialogue, voire au compromis: «Nous estimons que la seule chance de désamorcer la situation est de nous accorder la suppression du concours d’accès au grade de professeur de l’enseignement supérieur en maintenant l’ancienneté et les grades. Nous avons d’ailleurs envoyé hier à la primature un deuxième rappel de notre revendication».
Le Pr. Mahassine fait valoir par ailleurs que ce concours contredit à la fois les dispositions du statut de 1975, selon lequel ils avaient été recrutés à titre provisoire, et celui de 1997 qui régit aujourd’hui le recrutement à un poste d’enseignement supérieur.
Les docteurs français en grève de la faim dénoncent le «scénario» proposé par leur ministère, consistant à reverser les enseignants chercheurs titulaires d’un doctorat français au grade de professeur habilité (PH) à partir de 2002 puis de les élever au grade de professeur de l’enseignement supérieur (PES) après concours en 2006. Ils exigent pour leur part d’être considérés comme maîtres de conférences depuis leur recrutement et d’être reversés au bout de quatre années directement au grade de PES, à l’instar de leurs collègues titulaires d’autres doctorats, recrutés dans le cadre du statut de 1975 et dont le diplôme est équivalent au leur. Sachant que depuis l’entrée en vigueur du nouveau statut du 19 février 1997, ils sont classés au grade de professeur assistant (PA), ce qui constitue à leurs yeux une injustice flagrante : «Cela limite notre carrière scientifique, dénonce le professeur Mahassine, nous ne pouvons ni diriger une unité de formation et de recherche, ni encadrer un travail de thèse, ni prétendre aux responsabilités académiques. Le plus intolérable, est que nos collègues ayant étudié en Belgique, en Espagne, au Canada, aux Etats-Unis, en Égypte ou en ex-Union Soviétique sont à des grades bien plus élevés que nous».
A l’origine de la situation pour le moins dramatique dans laquelle se trouve aujourd’hui la douzaine d’enseignants en grève de la faim depuis deux semaines déjà, le fait qu’en 1984, la France mettait fin au système de deux thèses en instituant un seul doctorat. Ce nouveau doctorat, devenu le plus haut grade scientifique délivré par les universités françaises, fut reconnu dans le monde entier comme équivalent au Ph.D anglo-saxon (USA, Canada, Grande-Bretagne) ainsi qu’aux doctorats belge, russe, égyptien, sauf par le Maroc.
C’est ainsi que tous ces diplômés étrangers ont obtenu l’équivalence au doctorat d’état marocain à l’exception du doctorat français qui a été injustement assimilé au doctorat de troisième cycle, sans avoir été, expliquent les grévistes, soumis à la commission d’équivalence, conformément à la législation en vigueur.
Au-delà des revendications morales des grévistes de la faim, qui entendent bien mettre fin à ce qu’ils qualifient d’humiliation, la dimension strictement financière de la réparation demandée coûtera cher : entre 4 milliards de dirhams selon le ministère et 400 millions de dirhams d’après les estimations de l’association marocaine des enseignants chercheurs lauréats des universités françaises (AMECLUF), affiliée au Syndicat national de l’Enseignement supérieur (SNESup).

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