Escrocs néophytes

Escrocs néophytes

Mohamed est un agent immobilier bien que le terme soit un peu usurpé face aux petites occasions qui se présentent devant ce père de quatre enfants. Il se voit juste sollicité pour un local à louer ou des petites affaires dont le revenu demeure maigre. Le coût de la vie lui est de plus en plus élevé, et la pression devient grandissante sur Mohamed qui n’arrive plus à subvenir aux besoins de sa famille. Aucune solution à cette situation. C’est par hasard que ce dernier rencontre Abderrazzak, un être diabolique à l’imagination fertile.
Les habitants de la région le connaissent bien puisqu’il est photographe et travaillait auparavant dans un laboratoire de photographie. Viré par son patron suite à un vol dans la caisse. Il n’a rien fait pour prouver son innocence. Mohamed ignorait ce détail lorsqu’il a sympathisé avec Abderrazzak. Au cours des discussions les deux nouveaux amis parlent toujours du sujet principal : le travail honnête et digne ne rapporte que des misères, sans parler de l’exploitation des employés par leurs employeurs.
Surtout Abderrazzak n’arrête pas d’évoquer des cas où des personnes se sont vu changer de vie grâce à une «astuce» ou un coup de chance que le destin leur donne. Cela va du fonctionnaire véreux au dealer de drogue et ainsi de suite… Un jour, Abderrazzak accueille Mohamed avec une humeur de quelqu’un qui a trouvé la solution à son calvaire. «Ecoute mon ami, je crois que nous n’aurons plus à nous plaindre. On va gagner de l’argent facilement et sans nous exposer à un quelconque danger. Es-tu prêt à me suivre ?». C’est l’imagination. Cette partie dominante dans l’homme, cette maîtresse d’erreur et de fausseté, et d’autant plus fourbe qu’elle ne l’est pas toujours qui est entrée en jeu. Mohamed semble n’avoir entendu que le mot «argent» et le mot «facilement». Il adhère à la proposition avant même de savoir de quoi il s’agit au juste. C’est ainsi que le duo passe immédiatement à l’action. L’initiateur de l’idée dispose en fait d’un ordinateur qu’il n’a pas utilisé depuis longtemps. C’est grâce à cet appareil qu’il va fabriquer une carte d’identité nationale falsifiée avec le nom, le prénom la date de naissance et même la photo de Mohamed.
Ce dernier perçoit le résultat comme un grand exploit. Il se saisit de sa nouvelle fausse-carte et part à la conquête des agences bancaires. Il ouvre un premier compte à Agadir, un deuxième a Azemmour, un troisième à Rabat, un quatrième à Fès et un cinquième à Tanger. Il va commencer à «travailler» faisant désormais cavalier seul pour ne pas trop attirer l’attention. Recevant plusieurs chéquiers, il effectue des opérations à gauche et à droite en signant des chèques en bois contre différentes marchandises qu’il revendait par la suite. Mais il n’a pas fait long feu pour tomber dans les mains de la police. Et comme par enchantement, il se retrouve au tribunal à côté de son ami aux idées sans limites. «Dans le procès verbal dressé par la Police judiciaire, on parle d’un vendeur de melon auquel vous avez livré un chèque de 6 mille dirhams et d’un marchand d’appareils électroménagers auquel vous avez donné un chèque de 27.930 Dh, d’un horloger à qui vous avez extorqué un montant de 4550 Dh…», leur déclare le juge.
«Non, M. le président, ce sont des mensonges…», répond Mohamed. Il aurait mieux fait de se taire car le magistrat lui montre les deux fausses cartes d’identité nationales saisies sur eux par la police et lui demande si c’étaient également des «mensonges».
Après le réquisitoire du représentant du ministère public et les plaidoiries de la défense constituée dans le cadre de l’assistance judiciaire la cour s’est retirée pour les délibérations. Le verdict tombe sur eux comme une douche froide : trois ans de prison ferme pour chacun d’eux.

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