Espace public, les victimes et les dégâts

La campagne de lutte contre l’occupation illégale et anarchique de l’espace public a été favorablement accueillie par la population casablancaise au départ. Cependant par la suite, les agissements des services de la Wilaya du Grand Casablanca ont suscité le mécontentement et des professionnels et des habitants. Dans certains cas, il s’est avéré que les services en question ont procédé à des démolitions sans tenir en compte les clauses du contrat. Dans d’autres cas, force est de constater que la vieille formule de « deux poids, deux mesures » a été de mise par excellence.
Au parc de la Ligue arabe, sur le boulevard Moulay Youssef, les services de la wilaya ont démoli un espace couvert de presque 300 mètres carrés du café de « la Ligue Arabe ». L’espace détruit n’est pas situé sur le boulevard. Il ne dérange non plus la circulation des piétons, objectif principal de la campagne. Le propriétaire affirme qu’il n’a pas été avisé et aucune explication de sa part n’a été acceptée, même s’il dispose d’un contrat, en bonne et due forme, lui permettant l’exploitation de l’espace en question. « ça fait presque vingt ans que nous sommes ici. Nous gérons ce café aux termes d’un contrat, n°4/FIC/83, signé en novembre 1983, et rectifié par les autorités en 1985, lettre N°8254/DEM. Depuis lors, nous avons toujours respecté les clauses du contrat. Aujourd’hui la wilaya de Casablanca a procédé de la sorte, comme si nos papiers ne sont plus légaux », souligne Jaouad Naamane, gérant du café, précisant que cette démolition a provoqué le renvoi de 13 employés, la moitié de l’effectif, au chômage, en plus d’autres dégâts matériels estimés à plus de 1 million de dirhams. Autre retombée. Les employés ont porté plainte contre l’employeur pour licenciement. Le dossier est entre les mains de la justice.
Les victimes de la démolition ne sont pas uniquement dans les parages du parc de la Ligue Arabe. A travers la métropole des centaines d’employés ont été renvoyés au chômage et d’importants dégâts matériels ont été provoqués. Et ce qui a suscité le plus la colère des professionnels, c’est la procédure suivie par les services de la wilaya lors de cette campagne. Par exemple, au boulevard Zerktouni et au Maârif, aucun propriétaire, de café ou de restaurant, n’a été inquiété. Certains ont reçu un avis dans ce sens, mais finalement rien n’a été effectué. Au boulevard d’Anfa, à l’avenue Abdeslam Sahraoui et au parc de la Ligue Arabe, on démolis à certains et on laisse leurs voisins tranquilles. « Deux poids, deux mesures ».
Il faut dire que l’évacuation de la voie publique passe avant toute autre considération. Elle permet à la ville de mieux respirer. Seulement, les services chargés de la campagne entreprise au nom du respect de la loi et de la présence de l’autorité dans la ville ne prennent pas en considération les documents donnant droit à certains et ferment les yeux sur d’autres en situation illégale. La question des retombées négatives sur le plan social et sur l’activité dans certains secteurs n’a pas également été prise en compte. Certes, on ne peut pas faire une omelette sans casser des oeufs, mais lorsque la casse est énorme, la question interpelle à plus d’un titre.

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