Gabriel Lasry : Une varice peut être mortelle !

Gabriel Lasry : Une varice peut être mortelle !

ALM : Aujourd’hui, 70% de femmes souffrent de varices, ce taux est beaucoup moins élevé chez les hommes. Serait-ce hormonal ?
 

Gabriel Lasry : Tout à fait. Les femmes sont plus concernées pour deux raisons essentielles. Les hormones féminines favorisent la fragilité de la paroi veineuse et d’autre part, pendant la grossesse, il y a l’inondation hormonale et la compression au niveau du petit bassin par l’utérus.

Donc généralement c’est pendant la grossesse que la maladie se déclenche ?

Pas forcément. Cela peut arriver même avant mais c’est toujours après les grossesses que ça s’aggrave.

Est-ce qu’il y a un âge où l’on est plus exposé aux varices?

En principe c’est après la puberté que l’on recense le plus de varices mais il peut y avoir aussi des varices congénitales, qui sont des varices de naissance.
 

Doit-on comprendre que le bébé naît avec des varices?

On ne s’en rend pas compte mais dès qu’il commence à marcher, elles deviennent plus visibles.

Et comment peut-on s’en rendre compte ? Quels sont les symptômes de cette pathologie ?

Les symptômes sont d’abord visuels puisqu’il s’agit de grosses veines. La lourdeur des jambes et les oedèmes sont également des signes précurseurs de la maladie. Ensuite il y a des risques de complication. On parle ici de phlébites, d’ulcères et de dermites, c’est-à-dire la peau qui s’abîme.

 

Physiologiquement, les muscles sont-ils en partie responsables dans l’apparition des varices ?

Les muscles sont importants dans la prévention dans la mesure où le sang doit monter du pied vers la racine de la cuisse et ceci n’est pas physiologique, c’est même l’inverse de ce que nous sommes. Ce qu’il faut savoir ici c’est que le muscle du mollet est une pompe qui pousse le sang vers le haut et ce sang ne descend pas parce que dans les veines il existe des petites valves anti-reflux. Toutefois, si la veine est fragile et se dilate, le sang passe au travers quand les petites valves s’écartent. Ce sang descend de nouveau et c’est de cette manière que les varices voient le jour.

Tous les sports sont-ils préconisés dans la lutte contre les varices?

Seuls les sports qui ne comportent pas de sauts sur place sont recommandés parce que ces derniers entraînent un choc au niveau de la colonne veineuse et ça dilate les veines. Le meilleur sport reste la natation. Viennent ensuite le vélo, la marche et le footing en faisant attention de bien dérouiller les pieds. Par contre le tennis, le saut à la corde et l’aérobic sont à éviter.

Question de pratique, est-ce qu’il est toléré de porter des chaussures trop plates ou encore des chaussures à talons assez hauts ?

Malheureusement ni l’un ni l’autre ne peut être conseillé. Il est plutôt recommandé de porter des petits talons de 3 ou 4 cm.  A plat, le muscle est complètement détendu mais il ne faut pas non plus avoir des talons aiguilles parce que avec ces talons, on ne masse pas la voûte plantaire qui est aussi une partie de la pompe musculaire dont on a parlé.

Jusqu’où une varice peut être dangereuse ? Peut-elle engendrer la mort ?

Une varice peut être mortelle par les complications qu’elle engendre. Il faut savoir que tous les ans, sur le milliard d’heures de vols d’avion, il y a 100 morts par embolie pulmonaire. Ce n’est pas un taux alarmant mais c’est vous dire que c’est une vraie maladie et qu’en cas de non soin, les complications sont parfois mortelles. Ce n’est pas pour cela qu’il ne faut pas prendre l’avion (rires).

En cas de nécessité d’intervention, ce qui se pratique généralement aujourd’hui au Maroc est «le stripping», fait que vous jugez alarmant. Que reprochez-vous au stripping au juste ?

Nous reprochons deux choses au stripping. C’est d’abord une intervention aveugle qui n’est pas guidée par une échographie Doppler. Ensuite, c’est une échographie exoveineuse, c’est-à-dire elle se fait à l’extérieur de la veine. On arrache donc à la fois la veine, la graisse autour et les petits nerfs.

Chose qui donne des hématomes, des douleurs et qui entraîne un arrêt de travail de quatre à six semaines. En plus de cela, avec le stripping il y a plus de risque de récidive et plus de phlébite parce que les malades ne peuvent pas marcher après l’intervention et que le moyen d’éviter ces phlébites est en effet la marche. Il existe des interventions moins agressives, atraumatiques et qui permettent au patient de reprendre sa vie normale quelques heures après l’opération.

Quand vous dites « interventions moins agressives», de quelles interventions parlez-vous ?

Il y a deux types d’intervention qu’il faut aujourd’hui privilégier; le laser à l’intérieur des veines et la chirurgie mini-invasive, le tout sous anesthésie locale. Il faut préciser que seules 20 % des varices nécessitent ce genre d’interventions. Ceci dit, toutes les varices nécessitent un examen appelé le Doppler échographie.

Cela permet de voir la taille des veines et le sens de circulation. C’est après cet examen qu’on juge du traitement nécessaire, cela peut être chirurgical mais dans la majeure partie le traitement est médical ou se fait par port de bas de contention. Ceci ne veut pas dire que ça ne va pas aller vers la chirurgie, ce sont des patients qui ont une fragilité veineuse, d’où la nécessité d’un suivi médical tous les six mois ou tous les ans.

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