Harcelé par son co-locataire, il le tue

«Il était agressif, Monsieur le président…Je n’avais l’intention ni de le tuer, ni de le frapper mais uniquement de l’éloigner de moi…», relate Abdelaâti en sanglots devant le président et les quatre assesseurs de la Chambre Criminelle près la Cour d’Appel de Casablanca. Il n’a pu retenir ses larmes depuis l’ouverture de l’audience.
Il rêvait de fuir la misère de la campagne, de découvrir ce « paradis » dont parlent les jeunes de son douar à la manière des conteurs du paradis d’Eden, de les rejoindre à Casablanca afin d’amasser de l’argent et aider ses parents. Il n’aurait jamais pu imaginer que cette aventure lui vaudrait une si lourde accusation. Il s’évanouit lorsque son avocat lui explique que le représentant du ministère public l’accuse selon les dispositions de l’article 392 du Code pénal qui prévoit sa condamnation, au moins à la réclusion criminelle à perpétuité.
À son vingtième printemps, Abdelaâti abandonne son douar limitrophe de la province d’Essaouira et laisse derrière lui ses parents et ses onze frères et soeurs. Il ne veut plus rester berger au service des tiers. Il a accompagné quelques jeunes du douar qui séjournent depuis belle lurette à Casablanca. A son arrivée, il s’installe avec eux dans une chambre à l’ancienne Médina. Il trouve un boulot chez un commerçant. Et il décide de se trouver un logis, ne pouvant plus supporter de s’entasser avec ses six amis du douar dans une même chambre. Il en trouve un à Derb Rmade. Un petit quartier qualifié de l’un des points noirs de l’ancienne Médina, dans les registres policiers. Cela ne le dérange pas. Ce qui l’intéresse, c’est que le loyer est raisonnable. Et il décide de la partager avec Mohamed qui s’y trouvait avant lui contre une somme mensuelle de 200dh chacun.
« Mohamed s’enivrait sans cesse et entretenait des relations avec plusieurs prostituées… Il me gênait…Mais, à ce moment-là, je n’avais pas le choix… », précise Abdelaâti devant la Cour.
Abdelaâti tente d’éviter Mohamed qui le harcèle de temps en temps. Il quittait la chambre vers 4h du matin pour n’y retourner que vers 23h. En ce jour du mois d’avril, il trouve à son retour son compagnon de chambrée en train de se saouler. Et celui-ci lui demande de préparer le thé. Abdelaâti accepte. Mohamed s’approche de lui, lui demande de lui allumer la cigarette. Abdelaâti refuse. Mohamed lui demande de lui verser des verres de vin rouge. Abdelaâti refuse encore. Mohamed insiste, essaie de le courtiser. Pour l’éviter Abdelâti monte sur le lit, s’allonge et s’enveloppe dans ses couvertures. Mohamed le rejoint, s’assied près de lui. -« Je t’aime ! embrasse-moi… » -« Eloigne-toi de moi, n’as-tu donc pas honte ? Laisse-moi tranquille, je t’en prie !». D’un ton nerveux, Mohamed lui répond : «et si je ne te laissais pas tranquille ?» .
Abdelaâti est surpris par le comportement de Mohamed. Il n’a jamais vu son compagnon dans un tel état depuis qu’il l’a rejoint, il y a six mois. «Et que veux-tu rester faire dans cette chambre avec moi? Tu dois savoir que toutes les personnes qui ont habité avec moi y sont passées ! Pourquoi pas toi ?».
Abdelaâti reste figé devant cette situation pour le moins gênante. Il tente d’éviter le clash. «Va te chercher une prostituée et je la paierai…»
Mais Mohamed ne veut que de lui. «…j’ai envie de toi et pas d’une fille… Cette nuit, tu seras ma fille…». Il se déboutonne son pantalon, tire la couverture posée sur Abdelaâti et se jette sur lui. Abdelaâti s’énerve, crie, le repousse violemment. Mohamed tombe par terre, essaie de reprendre son équilibre, se tient debout, insulte, se rejette sur Abdelaâti. Ce dernier devient plus agressif, plus excité, plus agacé, le repousse de toutes ses forces. Mohamed tombe, sa tête heurte une petite bonbonne de gaz. Il se remet debout. Le sang coule de sa tête. Il se se dirige vers la porte de la chambre, l’ouvre, sort et tombe dans l’escalier… Abdelâti est resté sous sa couverture. Il ignore ce qui est arrivé à son compagnon. 04h du matin. Abdelaâti se réveille comme à l’accoutumée. Il sort de la chambre et découvre le cadavre de Mohamed. Il se rend chez un ami compagnon du douar et lui relate l’histoire. «Tu dois aller te livrer à la police!».
Abdelaâti explique toute l’histoire à la police. N’y a-t-il pas un point ou une zone d’ombre dans son histoire ? Personne ne le sait puisqu’ils étaient seuls dans la chambre. Mais ce qui est sûr, c’est que la mort est due à une hémorragie interne. La Cour l’a jugé coupable pour coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans l’intention de la donner. Et Abdelaâti bénéficié des circonstances atténuantes en le considérant en état de légitime défense. Il a été condamné à quinze ans de réclusion criminelle.

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