Human Rights Watch dénonce le calvaire des « Petites bonnes » marocaines

"Au Maroc, 11% des enfants âgés de six à quinze ans travaillent, ce qui représente l’un des taux les plus élevés au Moyen-Orient et en Afrique du Nord", a affirmé Clarissa Bencomo, chercheuse chargée par HRW des droits de l’enfant dans cette région et auteur d’un rapport intitulé "A la maison: Hors la loi".
"En Egypte, il ne sont que 6% à travailler et pourtant ce taux fait scandale", a-t-elle précisé lors d’une conférence de presse à Casablanca.
Selon Mme Bencomo, environ 600.000 enfants, âgés de six à quinze ans, travaillent au Maroc, dont environ 66.000 petites domestiques.
Elles triment entre 14 et 18 heures par jour durant toute la semaine et sans aucun repos, a-t-elle assuré.
HRW reproche dans son rapport au "gouvernement marocain le peu d’ardeur à combattre les pires formes d’exploitation des enfants employés comme domestiques".
"Le droit du travail au Maroc n’inclut pas les domestiques et les inspecteurs du travail n’ont pas autorité pour enquêter à domicile sur les violations de la loi interdisant le travail des enfants de moins de quinze ans", ajoute le rapport.
L’organisation américaine a affirmé que plusieurs fillettes interrogées ont confié avoir été victimes de violences physiques de la part de leurs employeurs.
En outre, selon le rapport, des activistes des droits de l’enfant lui ont affirmé que "la violence sexuelle n’était pas absente à l’égard des petites bonnes" au Maroc. Mais, a précisé Mme Bencomo, les bonnes qu’elle a rencontrées à Casablanca, Rabat et Marrakech ont refusé d’aborder le harcèlement ou la violence sexuels.
HRW demande au gouvernement marocain de "faire appliquer de façon stricte l’interdiction de travailler pour les enfants de moins de quinze ans, y compris pour le travail domestique", et de "prévoir des sanctions" contre ceux qui violent la loi.
Elle recommande également la promulgation d’une loi permettant de contrôler l’embauche des domestiques.
Cette attitude est partagée par l’UNICEF dont une représentante au Maroc, Rajae Msefer Berrada souligne "la nécessité d’une loi qui interdise le travail domestique des enfants".
"Nous travaillons en collaboration avec le gouvernement marocain pour arriver à ce but", a indiqué à l’AFP Mme Berrada. "Il faut mettre un terme à ce type de travail dangereux", a ajouté la représentante de l’Unicef.
Saëda Saghir, membre de l’association de défense des enfants Beëti a estimé de son côté que HRW n’a pas prêté beaucoup d’attention au travail des ONG marocaines. "Nous avons pu en quatre ans réduire de 60% le travail domestique des enfants dans certains quartiers de Casablanca", a-t-elle affirmé à l’AFP. "Le phénomène pourrait actuellement être moins étendu qu’il y a quatre ans", a-t-elle estimé.
Amina Maleh, également militante de Beëti, a pour sa part déploré l’impossibilité pour son organisation d’enquêter dans les domiciles marocains où des violences sont perpétrées contre les petites bonnes. "Il faut une autorisation, et c’est très compliqué", a-t-elle dit à l’AFP.

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