Intoxications par les produits cosmétiques : «Takaout Roumia», la teinture capillaire qui tue

Intoxications par les produits cosmétiques : «Takaout Roumia», la teinture capillaire qui tue

Attention aux produits cosmétiques! Ceux-ci contiennent souvent des substances pouvant être toxiques en cas d’inhalation, d’ingestion ou de contact avec les yeux. De 1980 à 2010, le Centre antipoison du Maroc (CAPM) a recensé 1.074 cas d’intoxication par les produits cosmétiques. Le décès est survenu chez 12,1% des cas et 30 patients ont gardé des séquelles, soit 2,8%. Des statistiques qui sont très loin de la réalité. En effet, le CAPM estime que ce faible nombre témoigne d’une sous-notification des cas d’intoxication par ces produits considérés «sans danger» par les patients et les professionnels de santé. Dans sa revue de «Toxicologie Maroc» du 4ème trimestre 2011, le CAPM note que parmi les produits les plus incriminés figure en tête la «Paraphénylène Diamine» (PPD) ou «Takaout Roumia» avec 64,8% des cas. Les Marocaines célibataires ont recours à ce minéral (utilisé pour la teinture des cheveux en noir) pour se suicider. Une analyse des cas de décès a montré que le toxique responsable était exclusivement la PPD et que la tranche d’âge la plus touchée était l’adulte (63,07%), suivie de l’adolescent (23,84%), de l’enfant (13 cas) et du bébé marcheur (1 cas). En seconde position, arrivent les produits pour la peau (14,9%) suivis des produits pour les cheveux (12,11%), parfums et eaux de toilette (5,4%), produits pour les ongles (1,6%) et produits pour les dents (0,8%). Selon le CAPM, la voie orale constitue par excellence la voie d’intoxication la plus fréquente avec 90,15% des cas. L’intoxication par voie cutanée s’est produite dans 2,9% des cas et par inhalation dans 2,7%. Quant à l’âge moyen des intoxiqués, celui-ci est estimé à 16,46 ans. Dans plus de 50%, les personnes intoxiquées étaient des adultes. Les enfants de moins de 15 ans (nouveau-nés, nourrissons, bébés marcheurs et enfants) représentaient 24% des cas. Le sexe ratio montre une nette prédominance féminine dans les cas d’intoxication. Ce qui n’est pas surprenant vu la consommation plus importante des produits cosmétiques chez la gent féminine. S’agissant de la répartition des cas, les régions du Grand Casablanca (246), Souss-Massa-Drâa (176), Rabat-Salé-Zemmour-Zaër (159 ) et l’Oriental (149) ont concentré à elles seules plus de 67% des cas.
A noter que la circonstance criminelle a été rapportée dans 23 cas, soit 2,35%. Le CAPM souligne que 7 patientes ont eu recours à des produits cosmétiques pour se faire avorter. La prise en charge des patients intoxiqués a nécessité une hospitalisation dans 43,57% des cas et le lavage gastrique a été réalisé chez 39,9% des cas hospitalisés. Les patients intoxiqués étaient symptomatiques dans 68,6% des cas. Parmi eux, plus de 84% ont présenté plusieurs signes cliniques. Les manifestations cliniques les plus fréquentes étaient les signes gastro-intestinaux (46,2%) suivis des signes du système respiratoire (16,3%) et des troubles du système nerveux central et périphérique (12,9%). Le CAPM relève que l’intoxication s’est produite en milieu urbain dans 88,13% des cas et à domicile dans 77,23%. Cette situation s’explique par une plus grande disponibilité et accessibilité des produits cosmétiques en ville par rapport au milieu rural. Le profil général des intoxications montre qu’un grand nombre de Marocains utilisent des produits cosmétiques naturels qui sont vendus chez les herboristes sans aucune indication sur leur toxicité potentielle et sans aucun contrôle ni réglementation. La situation reste alarmante au Maroc en l’absence d’une réglementation permettant de contrôler la fabrication, l’importation et la vente des produits cosmétiques. Rappelons que le marché marocain des cosmétiques est estimé à 531 millions de dirhams par an, soit 9,35% du marché des produits de santé.

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