Kuala Lumpur, ville de tous les artifices

Tout est flambant neuf à Kuala Lumpur. La plupart des constructions datent des années 90. Elle ont été réfléchies dans le but d’impressionner le monde par leur taille. La phrase que les Malais répètent le plus aux visiteurs, c’est « nous avons les deux plus hauts buildings du monde ». Il s’agit des Twin Towers dont la hauteur atteint 452 mètres. Terminées en 1997, elles sont très vite devenues les armoiries de la ville. Les Malais sont également fiers d’autres constructions qui n’ont pas leurs pareilles dans le monde. A l’instar d’un complexe de salles de cinéma et surtout d’un très long poteau duquel pend une gigantesque étoffe : « le drapeau de la Malaisie – le plus grand du monde ».
Les Malais recommandent vivement la visite d’une cité créée dans la périphérie de Kuala Lumpur. Putrajaya rassemble les établissements administratifs du gouvernement et une grande mosquée. L’architecture des bâtiments qui composent cette cité n’évoque en rien celle du Sud-Est asiatique. Elle tient à la fois de Byzance, de la Rome antique et de l’Asie mineure musulmane. Le marbre, les colonnes et les voûtes y sont privilégiés. L’édifice le plus imposant de cette cité est celui du premier ministre, Mahathir Mohamad, en place depuis 1981. On l’appelle « the green house ».
Et ce n’est pas seulement en raison de la couleur des façades qu’on le nomme ainsi… La propreté des rues de Kuala Lumpur est frappante. Les averses doivent contribuer au fait que les routes et les trottoirs ne sont même pas jonchés par les feuilles des arbres. Le climat dans la capitale de la Malaisie est à cet égard tropical. Il fait à la fois très chaud et très humide. Dès que l’on met le nez dehors, on transpire.
Kuala Lumpur est une ville très moderne. Le réseau des autoroutes est impressionnant et le métro redoutable d’efficacité. L’architecture verticale des bâtiments n’a rien à envier à celle de métropoles comme New York et Hong-Kong. Près de 70 % du parc automobile malais est de fabrication nationale. Les commerces sont de surcroît très florissants à l’image du centre commercial des Twin Towers qui s’étage sur six niveaux. Par sa taille et la qualité des boutiques qui le garnissent, il est comparable aux plus grands centres commerciaux des villes de l’Europe de l’Ouest.
Ces commerces ne s’adressent pas seulement aux touristes, mais aux Malais aussi. Car, contrairement à des villes du Sud-Est asiatique comme Bangkok ou Manille, il existe une véritable classe moyenne à Kuala Lumpur. Les signes de la consommation sont visibles partout. Mais si cette ville se distingue des deux autres par son niveau de vie, elle leur ressemble par sa vie de nuit. La première idée reçue sur la Malaisie consiste à croire que tout le monde y est affairé et sage, et que de nombreuses femmes portent le foulard. Les jeunes, très influencés par l’Occident, s’habillent conformément aux stars du show biz de l’Ouest. La nuit, les enseignes des pubs, des bars et des dancings s’illuminent partout. L’autre carte postale représentative de la ville est le tourisme sexuel. Une réalité à Kuala Lumpur. Des prostituées font le trottoir le long de certaines avenues, d’autres cherchent des clients dans les bars. Dans la rue, les proxénètes attitrés et les chauffeurs de taxis abordent les touristes pour leur proposer des « ladies ».
D’autre part, la Malaisie, qui compte 23 millions d’habitants, est composée de plusieurs communautés. Près de 58 % de Malais y côtoient 24 % de Chinois et 7 % d’Indiens. Quant au reste de la population, il se constitue de nombreuses ethnies minoritaires. Les Malais de souche sont très majoritairement musulmans. On les appelle les Bumi Putra (fils de la terre) et ils pratiquent ce qu’ils nomment la « ségrégation positive» à l’égard des autres communautés. Ils occupent tous les postes importants dans la fonction publique, bénéficient de surcroît de nombreuses facilités relatives à leur formation et études. La liberté de culte est réelle en Malaisie où l’islam est la religion d’Etat. L’on peut voir à Kuala Lumpur une mosquée à proximité d’un temple chinois. Le multiculturalisme dote la ville de quartiers très colorés comme Chinatown et Little India, et génère une grande richesse économique. Il n’est pas assez harmonieux ou assez marqué dans la discorde pour doter la ville d’une âme. Les tensions entre les Malais et les Chinois existent, mais elles demeurent latentes tant que personne n’a de raison de se plaindre du niveau de vie à Kuala Lumpur. Les tôles scintillantes des voitures, la taille des buildings et autres constructions qui ont nécessité beaucoup de moyens finissent par donner l’impression que l’on cherche à en mettre pleins les yeux. Dans les cafés et les pubs que les différentes communautés fréquentent, la musique est toujours assourdissante. Comme s’il n’y avait rien à se dire ou si peu entre des personnes soudées par la seule volonté de créer de la richesse.

• De Kuala Lumpur, Aziz Daki

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